Aparté n°2, avril 1999
Régulièrement, dans la presse, des élus locaux, régionaux, nationaux voire consulaires s'émeuvent sur l'évolution qu'ils qualifient de préoccupante des créations d'entreprises. Et ils n'ont pas tort. En effet, leur nombre ne cesse de décroître depuis bientôt dix ans.
Mais disposons nous tous des mêmes informations sur ce sujet ? Avons nous une juste représentation de ce que sont ces créations et leurs créateurs ? Il y a de quoi en douter. Il me paraît important de rappeler quelques chiffres et données significatifs:
Les entreprises créées (hors celles qui ont été reprises ou réactivées) :
Elles ont été 166190 en 1998, soit 0,4% de moins que l'année précédente.
Leur répartition par secteur d'activité
- commerce : 46709 (28 %)
- service aux entreprises : 42915 (26 %)
- service aux ménages : 27549 (16 %)
- construction : 21667 (13 %)
- industrie : 12678 (8 %)
- hôtels, cafés, restaurants : 7725 (5 %)
- transports : 6947 (4 %)
Vous pouvez déjà constater la forte proportion des entreprises de service.
Leur statut : 63 % des créations se font en nom propre.
Leur dimension : Les entreprises créées sont de petite taille.
75,5 % n'ont pas de salariés,
1,2 % ont dix salariés et plus.
Il faut tout de même préciser que cette tendance varie selon le secteur d'activité.
Leur impact sur l'emploi :
La création a généré en 1998 84474 emplois auxquels il convient d'ajouter les chefs d'entreprise eux mêmes. (Les réactivations en ont généré 16785 et les reprises 105321.)
70 % des emplois ainsi créés concernaient des entreprises de moins de dix salariés.
Par ailleurs, tous les indicateurs économiques démontrent que l'emploi, dans le meilleur des cas, est maintenu dans le secteur de la production mais qu'il trouve, par contre, un champ favorable de développement au sein des services
Leur taux de pérennité :
- service aux ménages 62 %
- service aux entreprises 52 %
- transports 50 %
- industrie 49 %
- construction 45 %
- hôtels, cafés, restaurants 40 %
- commerce 36 %
Le profil des créateurs :
Leur âge et leur sexe :
63 % des nouveaux chefs d'entreprise ont entre 30 et 49 ans.
28 % sont des femmes.
Leur parcours :
42 % étaient ouvriers ou employés.
45 % étaient chefs d'entreprise, cadres ou agents de maîtrise.
72 % ont l'expérience professionnelle du secteur d'activité ou d'un secteur proche.
Leur statut :
43 % étaient au chômage.
Tous ces éléments nous permettent de mieux comprendre l'évolution spectaculaire que connaît en vérité l'entrepreneuriat depuis quelques années.
Ainsi, trop souvent encore, le schéma traditionnel de l'entreprise industrielle forte de plusieurs dizaines de salariés et conduite par un homme d'âge mûr et sorti d'une grande école apparaît comme La référence.
Trop souvent, et dans notre Région également, celles et ceux qui garantissent l'accompagnement et l'aide à ces créations ne portent un regard attentif qu'à la condition de millions de francs investis et de dizaines d'emplois créés.
La question doit être posée clairement, hors des discours partisans ou électoraux mais avec une approche délibérément citoyenne :
Quels sont aujourd'hui les profils d'entreprises en création pérennes et prometteuses en emplois ?
Répondre à cette question, c'est aider l'entrepreneuriat mais c'est aussi doter notre pays des meilleurs chances d'un développement économique performant, durable où l'homme trouve sa place, au cœur de l'économie. Les événements internationaux terribles que nous traversons doivent nous ramener à ces valeurs essentielles.
François BOUTEILLE
Coaching et médiation