Aparté n°4, Aout 1999
Quand ces quelques lignes paraîtront, certains d'entre vous seront encore dans leur entreprise, ne rêvant secrètement qu'aux quelques jours de vacances en famille qui enfin se profilent à l'horizon. Quant aux autres, c'est seulement à leur retour qu'ils les découvriront, le cri strident d'une mouette les accompagnant peut être encore au détour du couloir !
Quoiqu'il en soit, j'ai souhaité vous offrir un moment de détente et de ludicité durant quelques minutes.
Aussi, je vous propose de vous essayer (bien évidemment à l'abri de tout regard compromettant) à un jeu fort simple et générateur d'imagination et, je l'espère de plaisir. Il s'agit simplement de décliner toutes les idées que vous évoquent immédiatement les lettres d'un mot choisi.
Prenons, au hasard bien sûr, le mot "communiquer"…
Et commençons par la lettre C comme … :
Courir sur la plage avec ses enfants, à celui qui atteindra le premier les vagues lascives de cet océan si souvent repensé durant ces mois de doutes et d'incertitudes.
Et devinez qui va gagner ? Celui que l'on n'attendait pas, le plus jeune et le moins rapide… Etrange, non?
O comme… :
Oser changer de rythme et se sentir bizarrement bien pour soi et disponible pour les autres. Comment un tel miracle a-t-il pu arriver alors que cela fait des années qu'on ne l'espère plus dans sa vie professionnelle ? Ce doit être l'altitude ou l'air marin, c'est sûrement çà.
M comme… :
Oser dire ses sentiments (tiens je reviens au o…) à ses proches sans penser même à prendre un quelconque risque. Risque d'être jugé, d'être perçu autrement que ce que l'on a décidé. Mais laissons vite de telles pensées très certainement mal placées. Ce doit être l'iode…
M comme… :
Décidément, pourquoi ce "aime" ne veut il pas me lâcher ? M comme manger, à redécouvrir mes cinq sens à force de petits plats et de divins nectars. Mon Dieu! Comment avais je pu oublier de telles choses ? pire que tout, ces moments ainsi faits me semblent d'une infinie douceur. Pourquoi ai je soudain cette idée fugace et saugrenue de "re"gagner ma vie ?
U comme… :
Là je cale. Un regard discret sur les quelques pages du dictionnaire me signifie le peu de mots qui commencent par cette lettre. Et en plus, ceux qui figurent me rappellent trop le quotidien : ubuesque, ulcère, ultime, uniforme, unilatéral, urgent, usagé, …
Univers ! J'allais passer à côté de lui sans le voir !
Je m'allonge sur ce sable marine ou sur ce rocher granito-glacière. J'écarte bras et jambes à me désarticuler et je capte sans aucune pudeur toute l'énergie cosmique que m'envoient les étoiles de cette nuit estivale. Je suis seul et pour une fois tellement proche de ceux auxquels je tiens tant.
N comme… :
Nager des heures sans me fatiguer. N'être (naître?) à ce que je fais et pourtant entendre mes enfants qui me trouvent présent et attentif. Noter, croquer de tous petits détails de la vie qui jusqu'alors m'avaient échappé, J'aimerais bien savoir pourquoi.
Noyer mon whisky dans une mer de confidences avec celle qui m'accompagne depuis si longtemps, supportant l'insupportable avec cette intelligence dont elle a le secret…
I comme… :
Irrésistiblement prendre l'un de ces fous rires qui vous font mal aux côtes avec ces vieux copains.
Ivresse que fait naître au plus profond de nos sentiments ces vents amples et souverains.
Ironie du sort qui nous rappelle au bons sens, malgré nous, à notre plus grand plaisir.
Initiatives à chaque fois novatrices et réussies de balades et de visites.
Q comme… :
Cette qualité savamment construite au creux de ces sombres journées hivernales. Les promesses que l'on est bien décidé à tenir encore une fois : le homard partagé entre amis de passage, la décente mémorable en vtt avec ses fils, ce bijoux promis et que l'on achète en toute complicité avec sa fille et tous ces secrets mille fois repensés et qui devraient définir la qualité de nos existences.
U comme… :
Le précédent U m'a demandé trop d'efforts au risque de l'absurde et de l'usure que je ne veux plus le fréquenter. Je m'en suis fait la promesse. Je préfère passer de ce pas au E.
E comme… :
Entreprendre ce voyage si souvent évoqué sur l'oreiller. Accepter mes émotions et les partager. Profiter de chaque escale pour faire le point de ce qui me réussit.
Ecouter tout ce que j'entends. Etre.
R comme… :
Réunir pour le meilleur (et pour le pire!) ma vie privée et ma vie professionnelle par les mêmes exigences et les mêmes plaisirs.
En relisant tout ceci, au risque d'un lyrisme et d'une fantaisie qui irriteront peut être certains, je ne peux m'empêcher de me dire la proximité étonnante qu'il y a finalement entre manager mon entreprise et manager ma vie…
A vous de jouer maintenant.
François BOUTEILLE
Coaching et médiation