Aparté n°91, 25 septembre 2007
Pour poursuivre dans la lignée de nos échanges où nous abordons successivement celles des conditions qui nous paraissent favoriser la réussite du projet, je vous propose aujourd'hui d'évoquer ensemble cette adaptation au changement dont on parle tant. Et comme à chaque fois, j'attends avec avidité toutes vos contributions écrites.
Bonne lecture,
Bien cordialement vôtre,
François BOUTEILLE
Coaching & médiation
Dans une chronique parue début 2001, je vous proposais une courte réflexion sur les peurs que pouvait générer la perspective d'un changement comme sur quelques unes des conditions pratiques à réunir pour l'entreprendre favorablement.
Aujourd'hui, je vous invite à une respiration sur la notion même de changement.
En effet, cette composante de notre vie, présentée comme une évidence, fait à ce point partie de notre quotidien qu'il m'a semblé intéressant de nous réinterroger sur la place qu'elle occupait, ou plutôt qu'elle devrait occuper.
En effet, le changement en tant que tel n'est que très (trop) rarement abordé au profit de concepts qui en découlent tels que sa conduite, voire, les conditions de sa réussite.
On nous rappelle à longueur de pages et de reportages que l'homme libre, celui qui réussit, est réactif, qu'il sait s'adapter aux changements, mieux encore, qu'il les anticipe. Quant à celui qui tente de demeurer pour ce qu'il est, il fait de plus en souvent figure de conservateur et de rétrograde.
Finalement, la question que je vous propose d'évoquer est : "le changement est-il inévitable ou non ?"
Lorsque j'investis régulièrement ce sujet, c'est la notion dite "d'adaptation au monde environnant" qui me vient en premier lieu à l'esprit autant que celle de "résistance au changement". L'homme ne gouvernerait-il pas le monde ou, tout du moins, son avenir qu'en s'adaptant de manière contrainte à l'évolution de ce dernier ?
Mais de quel monde et de quel homme parlons-nous ? Quelles relations entretiennent-ils ?
Pendant des siècles, cet espace vital auquel se confrontait l'Homo sapiens se résumait pour l'essentiel à sa dimension écologique. Aujourd'hui, si notre état de dépendance à cet environnement subsiste, nous sommes bien obligés de constater que ce qui le définit n'a plus grand chose à voir avec la "nature". Il réfère à d'autres rouages essentiels tels que l'économie mais surtout l'information (Internet, Intranet, groupware, workflow, data warehouse, knowledge management, e-commerce, e-learning, etc…) et les nouvelles technologies de l'information et de la communication (téléphone mobile, ordinateur portable, PDA, CD Rom, DVD, cartes à puce, appareils numériques, etc.…).
Au XIXème siècle, Darwin avait tenté de démontrer, grâce à sa théorie sur la sélection naturelle, que l'homme devait s'adapter sans cesse à son environnement, au risque, sinon, de disparaître comme d'autres espèces avant lui.
Aujourd'hui, cet environnement qui peut nous menacer n'est donc plus la nature elle-même mais bien la société humaine par ce qu'elle produit comme relations à l'échelle planétaire.
Laurent DUKAN, psychologue clinicien, n'hésite pas à parler de "l'avènement d'une rupture paradigmatique du monde". Je vous rappelle qu'un paradigme est une représentation du monde, une manière de voir les choses.
Autrement dit, nous sommes passés en quelques années (c'est-à-dire très, très rapidement) d'un monde mécaniste, linéaire, prévisible, architecturé autour de la matière, à un monde systémique, global, incertain et paradoxal (gains de temps dus aux nouvelles technologies et, dans le même temps, développement des situations d'urgence; emplois qui demandent à la fois d'être jeune et expérimenté; communication intensifiée et génératrice pourtant de moindre écoute; information disponible et ignorance inversement croissantes, etc.…).
Ce nouveau monde qui nous entoure implique-t-il de notre part des changements radicaux ? Je le crains.
En effet, alors que l'adaptation concernait hier nos capacités physiques et physiologiques, ce sont également nos compétences intellectuelles qui sont aujourd'hui sollicitées en permanence. Certains n'hésitent pas à qualifier notre environnement social de Société du savoir. Et je ne vois pas pourquoi et comment y échapper.
Car l'enjeu de ce véritable passage, pour ne pas parler de mutation, concerne notre survie puisqu'il touche à la fois les composantes identitaire, sociale, psychologique, économique et physique. Il implique également l'acceptation de la complexité au quotidien.
Et pour ne rien simplifier, rappelons-nous que l'analyse systémique que tout ceci suggère n'est pas (encore) un mode de pensée naturel pour bon nombre d'entre nous.
Cette méthode permet en effet d'aborder les éléments d'un système complexe, les faits, non pas isolément mais globalement, en tant que parties intégrantes d'un ensemble dont les différents composants sont dans une relation d'interaction et de dépendance réciproque.
Or, il semblerait que notre fonctionnement spontané repose d'abord sur une logique purement mécaniste dont les trois principaux moteurs sont : la séparation des éléments (chaque chose à sa place), la causalité linéaire (une chose après l'autre) et la logique binaire d'exclusion (blanc ou noir, génial ou nul).
Pour traiter la complexité du monde dans lequel nous sommes immergés et participer activement à ce changement plutôt que de le subir, nous devons désormais développer toutes nos compétences, qu'elles soient de nature émotionnelle, intellectuelle ou comportementale.
En fait, il nous faut mêler judicieusement les deux modes de pensée (linéaire et systémique).
Nous devons ainsi être capables, dans le même temps, de :
- Penser logiquement,
- Penser globalement en intégrant contextes, paradoxes et incertitudes,
- Sentir et ressentir,
- Ecouter notre intuition,
- Intégrer le changement comme une composante "naturelle" du comportement.
Finalement, cette "révolution existentielle" ne serait-elle pas l'occasion pour nous d'abonder cette forme d'humanité plus équitable, émancipatrice et solidaire à laquelle bon nombre d'entre nous aspirent.
Malheureusement, tous les pays, toutes les entreprises, toutes les personnes ne se trouvent pas au même moment au même stade de changement. Si certaines populations et individus sont dans l'action du changement, d'autres restent bloqués en amont avec cet indicible sentiment d'être dans une impasse.
Les chercheurs en systémique de Palo Alto (Californie) ont, depuis la seconde moitié du XXème siècle, élaboré un modèle pour tenter de sortir de ces situations de blocage.
Les représentants de ce centre de recherche interdisciplinaire ont ainsi cherché dans un premier temps à traiter des malades, non plus seulement à partir du schéma classique de la psychanalyse (psychose/névrose) mais en travaillant aussi sur les interactions défaillantes et pourtant répétées du patient avec son environnement. Par extension, ces travaux ont abordé ensuite le domaine de l'organisation dans l'entreprise comme celui, plus largement, de toute organisation humaine.
C'est donc autour de théories de la communication et de la relation à tous niveaux entre les individus que ces chercheurs d'horizons très divers ont décidé de s'investir, sur ce qui semblait propice ou non aux changements.
Mais surtout, comme le rappelle Olivier DEVILLARD, psychosociologue, co-fondateur de la Société Française de Coaching, les seuls changements que l'on accepte sont ceux que l'on décide.
La question n'est donc plus en un tel cas de valider ou non la nécessité du changement que nous connaissons mais surtout de nous assurer des conditions favorables de son accès pour tous dès que le besoin s'en fait ressentir.
Mieux encore, de passer d'une forme de lutte qui émane de perceptions divergentes des contraintes et des opportunités à un pouvoir d'attraction qu'exerceraient envers les individus certaines idées, tendances ou attentes.
François BOUTEILLE
Coaching & médiation
Le courrier des lecteurs
A propos du texte de juillet intitulé : "Intuition, qui es-tu ?", voici les contributions aux senteurs océanes que j'ai reçues et que je vous livre, comme à chaque fois, intactes.
"Bonjour François,
En cette période estivale, tu ne pouvais pas faire meilleure conclusion que de nous inciter à prendre des vacances.
Ma première intuition me le préconise, mon inconscient insiste, mon subconscient me le confirme et ma raison leur donne raison.
Bonnes vacances à toi aussi.
A très bientôt,
L.D."
"Mon Cher François,
J'ai particulièrement été attentif à ta chronique, mais je dois avouer, avec une certaine jubilation, que je suis, en cette période, plutôt "Sea, Sex and Sun" que BERGSON, MONOD et compagnie.
Je vais donc faire confiance, une fois de plus, à ce que j'appelle discrètement mon intuition personnelle pour parfaire ma culture estivale.
Je te salue, un fervent admirateur, mais néanmoins ami,
A.M."
"Bonjour,
En vous lisant, je découvre combien l'improvisation que je pratique comme musicien, croise les chemins de l'intuition telle que vous la présentez. Pour beaucoup, elle relève en effet d'une certaine forme spontanée alors que, pour qui s'y est essayé, elle naît en réalité de l'assiduité et de la constance dans l'apprentissage. Merci pour votre compréhension.
Bien cordialement,
F.H."
François,
En vous lisant, une expression m'est venue soudain à l'esprit que je vous livre : "l'intuition, c'est l'expression de l'âme et l'intelligence du cœur".
R.C."
Bonsoir,
En vous lisant, j'ai ce sentiment curieux que mes plus belles réussites entrepreneuriales furent le résultat d'intuitions fulgurantes sans qu'elles me parurent pour autant délirantes, bien au contraire.
Je vous rejoins donc quand vous décrivez ce sixième sens comme relevant d'une construction atypique, hors des chemins habituels qu'emprunte la raison tout en s'y inscrivant pourtant.
A bientôt de vous lire encore,
B.T."
Encore merci pour la qualité de ces échanges et… à vos plumes!
Passez l'inquiétude première pour apprécier combien écrire est structurant.
Pour ma part, j'attends donc de vous lire.
Bien cordialement,
François BOUTEILLE
Coaching & médiation