Aparté n°79, juillet 2006
Comme chaque année à la même époque, l'envie me prend de vous faire partager quelques réflexions sur un thème un tant soit peu éloigné de vos préoccupations professionnelles habituelles.
Les vacances en font naturellement partie, mais en apparence seulement comme nous allons le comprendre très rapidement.
Je ne crois pourtant pas que d'essayer d'en expliquer l'existence en remontant à ses origines nous en apprendra grand-chose. D'autant plus qu'ayant tenté quelques recherches par ce canal, leur histoire reste assez nébuleuse hors leur institution en 1936 au sein du monde du travail.
Il m'intéresse plutôt de mieux comprendre pourquoi elles apparaissent comme indispensables à ce point pour le plus grand nombre d'entre nous.
Il me semble que ce temps est qualifié de privilégié par certains parce qu'il propose à l'homme qui les prend une double dimension, qu'il soit d'ailleurs ou non au travail. Les vacances relèvent en effet autant du développement personnel (recentrage sur soi) que de la socialisation de l'individu (ouverture sur les autres). C'est dire leur importance vitale pour qui le bien être de soi et des autres est capital grâce à l'instauration régulière de ces "parenthèses sociales", d'un ailleurs avant tout pensé et donc alimentant notre imagination.
Un petit retour sur l'étymologie de ce nom nous apportera déjà un éclairage intéressant. Il provient du latin "vacans", participe passé du verbe "vacare" qui signifie : être libre, inoccupé, voire, oisif. Qu'il s'agisse d'un lieu ou d'une personne. On peut comprendre par ce biais ce que le terme de vacances évoque à certains pour qui il signifie vide, inutilité au point d'en être inquiet. Pourtant, pour les rassurer, "vacare" a par la suite donné naissance en français à "vaquer" qui signifie : s'occuper à quelque chose. Nous pouvons citer également "vacations" qui désigne, dans le domaine du droit, les vacances judiciaires, autrement dit, la période pendant laquelle les tribunaux interrompent leurs travaux.
Une fois ce rapide détour accompli par la nurserie linguistique, revenons à ce que me suggère ce substantif aux saveurs authentiques autant qu'attirantes par ce savant mystère qui l'entoure.
Ce moment permet déjà un retour sur soi, un recentrage sur sa personne, fait de respect, d'écoute et d'accueil de soi. Se retrouver. Prendre enfin soin de soi physiquement et psychologiquement. Ne dit on pas que durant les vacances, on va enfin pouvoir réaliser ce que l'on n'a pas pu entreprendre durant le reste de l'année. Ce moment apparaît donc comme extraordinairement important, au-delà certainement de ce dont nous avons conscience, parce qu'il est structurant, voire, restructurant. Il permet ainsi de contribuer à mieux se connaître, que ce soit sur le plan intellectuel mais aussi sensoriel et affectif. Les vacances permettent ainsi d'apprendre à mieux s'apprécier, à développer ce regard d'ouverture et de tolérance que l'on se porte et donc par conséquent que l'on porte sur les autres.
Les vacances peuvent être à ce titre l'occasion de séparations momentanées et salutaires, entre parents et enfants ou entre conjoints.
Ce moment favorise en conséquence notre enrichissement personnel. Temps d'apprentissage et de découverte, il est diversement valorisé en ce domaine selon chaque individu. Si certains ont besoin de se retrouver en un lieu identique d'année en année auprès des mêmes personnes, d'autres préfèrent délibérément changer pour une aventure à chaque fois nouvelle.
Grâce à cette confrontation au monde, au réel, nous nous alimentons d'informations les plus variées qui soient et qui vont nous permettre de développer notre culture générale et notre créativité. Cela est d'autant plus important quand on sait que notre analyse critique prendra de fait plus facilement l'ascendant sur le monde des représentations, des a priori et des phantasmes Ces derniers étant souvent générateurs de rejet par l'ignorance et non pas plutôt de rapprochement par la connaissance. Les vacances sont en somme un fantastique outil de benchmarking, autrement dit de prise de repère.
Mais les vacances permettent aussi de prendre de la distance, du recul sur cette vie de plus en plus trépidante dont nous ne savons parfois plus très bien si nous l'avons choisie ainsi ou si elle nous est imposée comme telle.
Temps d'observation et de contemplation privilégié, il nous permet de redevenir sujet et non plus seulement objet des situations multiples qui nous sont "proposées" de vivre au quotidien. Nous pouvons alors réinterroger un certain nombre de choix ou de points de vue arrêtés en ménageant pour ce faire cette distance nécessaire entre nous et notre environnement humain et matériel. Moment de solitude nécessaire pour faire le point, le bilan de l'année écoulée, il nous permet de mieux repartir ensuite en donnant plein sens à nos projets et en réunissant l'énergie nécessaire à leur entreprise.
Enfin, les vacances sont un fantastique outil de socialisation. N'oublions jamais que nous avons un besoin vital des autres pour exister. Ce moment doit donc privilégier les rencontres et les échanges. Les vacances permettent ainsi de trouver également ses marques par cette confrontation favorable aux autres Elles sont construites d'inconnues et de surprises, au hasard des différences et des diversités.
N'est ce pas là que naissent la plupart de ces rencontres qui nous sont essentielles au doux nom d'aventures amoureuses. Le plaisir et le désir alimentent donc ce moment privilégié où nos cinq sens sont stimulés en permanence, à la recherche du beau et du bon dans toutes leurs déclinaisons. Les vacances permettent aussi à la vie familiale de retrouver la cohésion et le sens qui sont indispensables à son épanouissement comme à chacun de ses membres.
Les vacances font donc intimement partie de notre vie, dans sa dimension individuelle, collective mais aussi temporelle. Prendre le temps, enfin. Savourer le temps qui passe. Changer de rythme.
Elles sont ainsi essentielles à notre développement comme au bien-être de la collectivité. Loin d'être un gadget ou une option à caractère social, elles constituent un temps de respiration vital, d'oxygénation, de régulation des tensions et donc de régénération primordiale à notre bien être.
Leur puissance sur le plan psychologique est telle qu'elles alimentent notre imaginaire et conditionnent ainsi notre vie de tous les jours en la rendant plus supportable et moins stressante.
Si leur institution est indispensable comme leur pratique, leur contenu est ce qu'il y a de plus important compte tenu de l'épanouissement qui en résulte alors.
Sur ces bonnes paroles, il ne me reste plus qu'à vous souhaiter de bonnes vacances. Pour ma part, la Bretagne m'attire et m'appelle que je ne peux résister un instant de plus à ses avances.
François BOUTEILLE
coaching et médiation