Aparté n°76, avril 2006
Comme le sujet revient de plus en plus fréquemment dans le cadre de mes consultations et que l'écart reste généralement grand entre l'intention et la mise en pratique, j'ai essayé d'en identifier quelques unes des raisons.
Autrement dit, quelles "bonnes excuses" puis-je me donner pour ne pas déléguer ?
Est-ce que j'évite de déléguer parce que j'ai trop de travail ? Parce que j'ai peur des risques que cela entrainerait ?
Même si toutes les excuses que nous pouvons trouver pour éviter de déléguer ont du vrai, admettez qu'elles sont souvent de dangereux freins à notre efficacité. En voici, me semble-t-il, les plus usuelles. Il n'y a, comme d'habitude, aucune forme exhaustivité à mon propos.
"Je le fais mieux moi-même."
Très probablement vrai. Mais est-ce que "le mieux" est vraiment indispensable ? Un collaborateur ne peut-il pas le faire suffisamment bien ?
Si oui, oubliez le résultat légèrement meilleur que vous auriez obtenu et contentez-vous du résultat attendu par vous-même!
"Il (elle) va rater."
N'est-ce pas plutôt vous qui avez peur de lâcher prise, de perdre le contrôle, de prendre le risque ? Prendre des risques, c'est nécessaire et profitable à tous, et ce n'est pas pour cela que vous allez perdre tout contrôle ! A vous de définir de manière suffisamment précise le cadre des missions que vous confiez à vos collaborateurs.
"J'aime faire ce travail."
D'accord ! Mais quelle est l'influence de la perte de temps sur vos résultats ? Sur les missions spécifiques qui sont attendues de vous ? Sur votre carrière ? Cette indulgence ne vous empêche-t-elle pas de faire le meilleur travail possible et d'avancer ?
"Ca doit être fait tout de suite."
C'est de l'organisation de votre temps dont il s'agit très probablement. Pour pouvoir déléguer efficacement, vous devez exceller dans votre organisation personnelle. Planifiez et ne repoussez pas la délégation à la fin de votre liste des tâches à accomplir. Ne vous imaginez pas que ce n'est que quand tout va bien qu'il faut déléguer. Cette situation n'existe pas !
"Je ne veux pas être un tyran."
Là, tout dépend de votre attitude. Repensez et réorganisez votre rôle de chef.
Laissez vos collaborateurs décider eux-mêmes comment faire les choses qui leur sont confiées par vous. Ce qu'on attend de vous, c'est avant tout de fixer avec eux des objectifs, pas seulement des méthodes de travail. C'est ainsi le moyen le plus rapide d'augmenter la productivité de chacun, y compris la vôtre, par la motivation qu'une telle attitude génère. Vous pourrez alors constater que ces mêmes collaborateurs reconnaîtront plus aisément le chef que vous êtes et qu'ils recherchent.
"Je veux que le bénéfice du résultat me revienne."
Aveu difficile à s'entendre dire même s'il est pétri d'une totale légitimité. Vous constaterez que les bons résultats de votre équipe augmentent automatiquement l'estime qui vous est portée par les vôtres comme par votre environnement professionnel et parfois amical.
"Je ne veux pas que ce job m'échappe."
Mais correspond-il à la meilleure optimisation de votre temps et de votre énergie ? Pensez aux priorités qui caractérisent les missions qui vous ont été confiées. La seule question que vous devez vous poser est : "Est-ce actuellement la meilleure façon d'utiliser mon temps ?"
N'oubliez pas que vous "coûtez" plus cher (salaire) à votre structure que vos collaborateurs. Vous avez donc un devoir de rentabilité en exploitant votre plus value.
"J'ai peur de paraître désœuvré."
Combien de Dirigeants sont culturellement parasités par cette "conviction" !
Déléguer ne vous "vole" pas du travail. Au contraire, cela vous permet d'obtenir de meilleurs résultats avec moins d'efforts.
Etre débordé est une preuve de désorganisation, voire de problème de compétences, pas d'efficacité. Trop souvent, la quantité du travail accompli paraît abonder la qualité recherchée. C'est un leurre dangereux, au pouvoir contaminant pour votre entourage professionnel et plus….
"C'est trop compliqué pour l'enjeu que ça représente."
Sous prétexte qu'une tâche est "peu importante", que ce serait plus compliqué de la déléguer que de l'accomplir soi-même, alors vous choisissez de ne pas déléguez.
Profitez-en pour vous entraîner à la pratique de la délégation des tâches justement quand elles sont mineures.
"Je ne veux pas faire faire aux autres ce que moi même je ne veux pas faire."
Là, il s'agit certainement d'une définition à repréciser de votre rôle et de vos objectifs. Il est bien question pour vous globalement de développer une stratégie et de diriger (comme le capitaine d'un navire) les efforts de toute une équipe et non pas de tendre à vous suppléer à chacun.
Là est la très grande différence entre la posture de chef d'orchestre et celle d'homme orchestre !
Et je pense certainement avoir oublié bien d'autres prétextes.
J'ai voulu une nouvelle fois vous exposer avec clarté ce qui ne reste qu'un point de vue.
Vous voyez surtout combien la définition des missions de chacun et de la fonction qui en résulte reste un préalable incontournable.
Pour terminer plus favorablement, je vous propose neuf manières pour trouver des tâches à déléguer :
Listez les tâches que vous croyez faire mieux que les autres.
(Quelles sont celles que d'autres font en fait aussi bien que moi ?)
Listez des tâches que d'autres vont rater à coup sûr ?
(Quelles sont celles qu'ils vont, en fait, certainement réussir ?)
Listez des tâches que vous aimez faire vous-même ?
(Quelles sont celles que je devrais déléguer ?)
Listez des tâches urgentes que vous n'avez pas le temps de déléguer ?
(Quelles sont celles qui, en fait, pourraient être réalisées plus tard ?)
Listez des tâches qui, si elles étaient déléguées, vous donneraient l'impression d'être un tyran ?
(Quelles sont celles qu'un vrai chef doit savoir déléguer ?)
Listez des tâches valorisantes que vous voulez garder pour vous ?
(Quelles sont celles dont toute mon équipe, et donc moi aussi, pourraient profiter ?)
Listez des tâches que vous ne voulez pas laisser échapper ?
(Pourquoi ? Est-ce si vital que cela ? Pour toutes ?)
Listez des tâches trop compliquées et qu'il est plus facile de faire soi-même ?
(Quelles sont celles que je pourrais expliquer, quitte à prendre un tout petit peu plus de temps la première fois ?)
Listez des tâches qui vous ennuient, et que vous n'osez pas déléguer pour autant ?
(Quelle sont celles qui je pourrais cependant déléguer ? beaucoup n'ennuieraient en fait pas du tout mes collaborateurs. De toutes façons, eux seuls peuvent répondre à cette question.)
Voilà. Je vous laisse méditer.
François BOUTEILLE
coaching et médiation