Aparté n°68, juillet 2004
Une brise légère et toute en rondeurs effleure le pavillon de mon oreille. Vagabonde, elle flirte en toute liberté de plantes en branches, au gré de son humeur.
De temps en temps, sans prévenir, elle s'amplifie légèrement comme autant de caresses plus marquées et pourtant attendues. Puis à nouveau elle se calme pour recommencer encore, dans un mouvement lancinant, secrètement dessiné.
De toutes parts, des bruits lointains et proches me parviennent en miettes infinies qui me chatouillent délicatement. Enfants jouant ou poiriers ruisselant en cascades soudaines de fruits immatures que la chaleur sépare et fait chuter dans un bruit mat.
Une nouvelle vague aérienne, ample et délicate m'enveloppe de son souffle tiède.
Je m'étire et la plante de mes pieds approche timidement d'abord puis de manière plus osée ensuite le tapis en brosse gazonnée. Curieuses retrouvailles qu'interdisaient jusqu'alors chaussettes impeccables et chaussures irréprochables.
Contact renoué avec tout ce qui était devenu simple décor, binaire et fonctionnel.
Le territoire de l'ombre gagne sur celui d'une lumière ciselée aux accents dorés à l'or fin, séductrice pour qui se veut attirante, irrésistiblement.
La course d'un martinet semble croiser celle d'un avion haut perché gavé de touristes bruyants et impatients.
Je suis au cœur du monde. Il suffit que je tourne légèrement la tête pour en être tout à fait convaincu. Je suis en son centre, incontestablement.
L'activité humaine se réinstalle au fil d'une température crépusculaire qui semble l'autoriser enfin.
Les feux aux parfums carnés et parfois violents s'allument à nouveau et préparent les agapes nocturnes.
Des mains expertes et joyeuses déménagent les vaisselles aux creux des paniers d'osiers craquants pour les poser enfin sur de lourdes nappes vierges pour peu de temps encore.
Le mouvement renaît alors que la vie demeure, ne demandant qu'attentions, simple et fragile à la fois.
Deux tourterelles confidentes se comptent leur journée et leurs amours sur un mode télégraphique qui m'agace et m'intrigue pendant que des bourdons ventrus et leurs laborieuses compagnes accomplissent un dernier voyage pollinique.
La lumière cède progressivement la place aux sons et aux odeurs selon un cycle ancestral d'impressions et de saveurs.
Mon dos a définitivement épousé le tissu balançant et fleuri du transat.
Profondeurs de champs et travellings en tous sens, je vis enfin en cinémascope.
Un papillon ivre à ne pas en douter par le profil de son plan de vol, butine un dernier verre aux violets de la glycine enivrante.
Réapprendre à vivre. Contempler. Accepter cette inefficacité toute en apparences.
Seul le clocher voisin rythme désormais la fluidité du temps véritablement retrouvé.
Je suis bien et confiant, rassuré.
Un pigeon ramier vient signer de son passage fugace ce droit à la paresse nécessaire.
J'entends mon corps qui me dit tout son bien être de l'instant et se souvient de ses souffrances trop souvent blasphémées.
Je m'endors et me réveille à petits sauts, sans calcul prémédité ni culpabilité refoulée.
Je me laisse envahir tranquillement. Espace amniotique des sens en éveil, ce jardin aux accents trop souvent méconnus m'appelle autant qu'il me rappelle.
Alors les sentiments me parlent et me confient enfin leurs secrets tourments et leurs espoirs les plus fous.
Vacances.
François BOUTEILLE
Coaching et médiation