Aparté n°66, mai 2005
Je suis de plus en plus régulièrement sollicité par des dirigeants qui s'interrogent sur le sens à donner aussi bien à leur action qu'à celle de leur entreprise.
Faute d'entreprendre avec détermination un tel travail, Ils constatent alors l'émergence dangereuse d'une certaine forme de vulnérabilité peu recherchée par les temps qui courent.
Mais pourquoi une telle prise de risque souvent ignorée ?
En quoi poser des actes sensés peut-il avoir pour soi et pour ceux avec qui l'on collabore un tel effet structurant où peut prendre racine l'essentiel de la performance attendue?
S'il est vrai que nous baignons dans un monde de plus en plus insensé, notre état d'homme, avant même que celui d'entrepreneur, nous pousse naturellement vers cette quête de sens. Cela nous est tout simplement vital, individuellement et collectivement, en particulier au sein des groupes sociaux auxquels nécessairement nous appartenons.
Donner du sens, c'est avant tout exister.
Autrement dit, savoir qui nous sommes. Il s'agit donc bien d'élaborer et d'affirmer clairement notre identité. En quoi sommes nous uniques (et donc intéressants tout autant que compétitifs). Fondé sur un système de valeurs réunissant l'essentiel de nos convictions profondes, cet état nous permet également de noter avec plus de précision encore nos points forts comme nos faiblesses. En effet, comment prétendre à quelque principe d'évaluation que ce soit et de progression ensuite si nous ne disposons pas d'un outil, tel un sextant, qui nous permette à chaque instant de savoir où nous en sommes réellement.
Donner du sens, c'est comprendre pour agir ensuite avec pertinence.
La plupart des dysfonctionnements, hors ceux qui sont dus à la négligence, proviennent d'une incompréhension partielle ou totale de la tâche confiée. Donner avant tout du sens par l'explication nous conduit à développer une véritable dynamique de communication fondée sur la valorisation de chaque interlocuteur par l'échange. Dans un tel cadre peut naître alors la motivation tant recherchée et la fidélité espérée, fruit de l'épanouissement de la personne.
Donner du sens, c'est construire ensemble.
Au sein d'une entreprise, le sens, incarné avant tout par le dirigeant, permet d'organiser la réflexion et les changements qui en résultent. Il constitue le plan de masse et les fondations ensuite de tout l'édifice. Les résistances au changement naissent souvent là où le sens est absent ou trop enfoui pour être perçu par chaque acteur. Combien de conflits trouvent leur origine dans des divergences de point de vue trop tardivement identifiées. Ménager régulièrement des temps de travail sur le sens présente donc l'avantage d'anticiper plus que de réagir aux situations rencontrées. C'est le meilleur moyen qui existe pour allier cohésion et cohérence, pour fédérer les énergies et éviter ainsi la dispersion des efforts.
Donner du sens, c'est agir avec plaisir.
il permet d'explorer l'univers de la sensorialité dont il est issue, ne l'oublions surtout pas. Nous ne sommes pas des êtres désincarnés. De la prise en compte de ce que perçoivent également nos sens, de ce sur quoi ils nous alertent en permanence, résulte notre état de bien être. Comment attendre le meilleur de nous même et des autres durablement dans un univers de pénibilité chronique qui ignore délibérément une telle réalité? Le sens est le meilleur rempart qui soit à cette tentative parfois de négation ou de rejet de ce qui est, aux contours éminemment pervers et destructeurs.
Donner du sens, c'est progresser vers l'excellence.
Nous essayons de répondre fidèlement aux attentes exprimées plus ou moins explicitement par notre environnement. Nous savons que la qualité des réponses proposées résulte dans le même temps de la prise en compte de ce que nous sommes vraiment. Nous ne pouvons en effet pas agir de manière durablement performante contre notre nature. Pour respecter l'autre, il faut commencer par se respecter soi-même. Et cela n'est possible qu'en prenant le temps individuellement et collectivement d'apprendre à mieux se connaître pour mieux se respecter. De là pourront s'instaurer ensuite et à cette condition seulement de véritables relations partenariales de type gagnant-gagnant. Cela est vrai avec ses collaborateurs comme avec ses clients, ses fournisseurs et ses actionnaires.
Donner du sens, c'est manager.
Ne serait-ce pas la meilleure définition que l'on puisse donner du management ? Elle suggère toutefois que nous nous acceptions avec empathie pour ce que nous sommes, pour en faire ensuite de même avec chacun de nos collaborateurs. Le partage n'existe qu'à cette condition. La vie nous a souvent blessés alors que nous tentions avec sincérité de mettre en œuvre des collaborations d'une grande exemplarité sur le plan des valeurs humaines. Ne nous trompons pas dans l'analyse en recherchant des explications trop rapides dans le champ de la culpabilisation ou de la victimisation. Il est possible que nous n'ayons tout simplement pas été suffisamment clairs dans la communication de celles des convictions qui nous gouvernaient.
Il nous faut ainsi prendre le temps d'élaborer un système de valeurs explicite et partagé.
Il nous faut ensuite créer des processus de communication interne qui optimisent le rôle joué à chaque niveau hiérarchique dans la présentation des choix stratégiques, l'explication des enjeux de l'organisation, et des valeurs qui sous-tendent tout cet ensemble.
Pour ce faire il faut mettre en place des dispositifs permanents d'écoute et d'échange afin de s'assurer que ces orientations sont comprises, partagées et appliquées par tous, sans exception.
Quitte à les faire évoluer ensuite, si nécessaire, pour le meilleur et dans le respect de l'entreprise et de chacun.
François BOUTEILLE
Coaching et médiation