Aparté n°64, mars 2005
Gérer son temps relève avant tout d'un principe de maîtrise. Et parler de maîtrise conduit tout droit aux champs de possibles et aux prises de décisions qui en résultent enfin.
Tout ceci pour dire que la gestion du temps dépend d'une somme d'actes volontaires.
Toute personne qui s'inscrit dans un certain fatalisme à ce sujet n'a aucune chance d'aboutir.
A bien regarder comment chacun fonctionne, à commencer par soi-même, il est déjà possible de définir la nature des tâches que nous accomplissons comme autant d'indicateurs très éclairants.
Nous pouvons alors tenter de les classer en trois grandes familles.
Les tâches que l'on nous demande de réaliser : ce sont des demandes normalement incontournables, formulées par notre environnement personnel ou professionnel. Nous parlons alors d'ordres donnés ou tout du moins d'obligations.
Les tâches qu'il est important de réaliser : moins coercitives, elles font appel souvent à notre instinct de survie, que ce soit sur des aspects physiques comme manger ou intellectuels tels que de répondre à notre système de valeurs, à nos convictions. Nous parlerons par exemple dans ce cas de l'expression et du respect nécessaire par nous même d'une éthique personnelle ou collective.
Les tâches que nous aimons et avons envie de réaliser : elles alimentent le champ de nos motivations et, contrairement aux précédentes, elles ne s'imposent pas à nous ou tout du moins à l'unique condition qu'elles nous permettent plus facilement d'accéder au plaisir.
Pour simplifier, je dirais volontiers que nous arrivons à gérer notre temps de manière à peu près satisfaisante lorsque ces trois sphères partagent un espace commun acceptable et ceci de manière quasi intuitive, c'est à dire sans que nous ayons le sentiment de faire des efforts pénibles pour élaborer ce territoire mental et y voyager.
Les plus experts d'entre nous remarquent souvent le niveau de cette aisance comme un indicateur probant d'une gestion du temps réussie. Ces personnes savent privilégier prioritairement ce qui est important et plaisant en évitant de laisser la part trop belle à ce qui leur est imposé (ou qu'elles s'imposent!).
A l'inverse, pour qui se laisse guider uniquement par ce qui justement est exigé de lui perd fatalement en autonomie de décision. La gestion de son temps relève alors de la plus totale utopie au profit d'un sentiment de frustration, voire, de sacrifice.
Avant même de parler d'organisation du temps, au sens calendaire du terme, nous devons ainsi prendre le temps de quantifier et de qualifier tout d'abord cette triple répartition et d'en comprendre toutes les raisons, toutes les interactivités, qu'elles émanent de nous ou de notre environnement. Ce n'est qu'ensuite que nous pourrons, en connaissance de cause, envisager les modifications à éventuellement opérer.
Attention toutefois à ne pas pécher par excès. Tout est affaire de proportions. Investir prioritairement dans des tâches peu importantes et génératrices de plaisir peut conduire à un fantastique gaspillage de temps. Et surtout, cela peut amener à l'impossibilité totale d'évoquer le principe même de gestion. Nous avons tous connu des collaborateurs ou des collègues qui font passer leurs états d'âme avant toute chose dans leurs modes de relation à autrui. Nous en connaissons les conséquences.
Nous sommes donc bien dans la recherche d'un équilibre harmonieux.
De plus, trop de séminaires ne traitent que de l'aspect fonctionnel et utilitaire, oubliant dès cet instant le regard qui doit préalablement être porté sur la gestion des différents types de tâches, exercice pourtant déterminant. Comme si nous étions de fait dans la situation idéale. Ce qui est, par expérience, rarement la cas, compte tenu d'une multitude d'influences que nous subissons, parfois de manière tout à fait inconsciente et ancienne.
Plus que des recettes, il me paraît beaucoup plus efficace d'apprendre déjà à mieux se connaître dans les comportements que nous adoptons face aux différents types de tâches que nous accomplissons pour négocier ensuite avec nous même la nécessité et les conditions de certaines évolutions.
Le but essentiel étant bien sûr que ces aménagements nous permettent de contribuer à donner un sens plus entier à notre temps.
Autrement dit, nous n'accepterons d'investir durablement dans une telle démarche que si nous pouvons nous faire la démonstration que tout en gagnant en efficacité, nous nous respectons encore plus pour ce qui nous est essentiel.
C'est pour cette raison qu'il nous est à chaque fois facile d'identifier ceux dans notre entourage qui réussissent à bien gérer leur temps, parce qu'ils sont indiscutablement "bien dans leur peau".
La multitude des ouvrages parus en ce domaine et le nombre impressionnant des séminaires proposés démontrent à eux seuls l'importance du sujet et la complexité de sa résolution parce qu'elle interroge ce que nous sommes, en profondeur.
Méfiez vous donc des solutions miracles, quand elles vous sont ainsi proposées. Je connais trop de personnes qui sont ressorties enthousiastes pour très vite déchanter comme si elles découvraient subitement qu'il manquait une pièce essentielle au puzzle qu'elle venaient pourtant d'acheter.
Daniel Latrobe dit avec grande pertinence à ce sujet que "si la gestion s'apprend, le temps, lui, se vit".
Certaines questions doivent être alors posées du style :
- Quelle est ma relation au travail?
- Quelle place occupe-t-il dans ma vie?
- Quelle attention ai-je pour moi même et pour les autres?
- Qu'est ce qui est générateur de plaisir pour moi?
La gestion du temps paraît ainsi plus relever des savoir être par le niveau existentiel auquel elle appartient plutôt que des savoir faire techniques habituels qui en résultent seulement.
Un bon moyen pour développer cette discipline personnelle est de revisiter son emploi du temps au vu des objectifs stratégiques et personnels que chacun s'est préalablement fixés.
C'est en effet l'un des ressorts essentiels de l'efficacité.
En fait, gérer son temps c'est avant tout s'adapter à soi-même. Au delà de cette peur d'en perdre, prendre régulièrement le recul nécessaire est la meilleure manière de gagner de ce temps si cher, au delà de nos plus folles espérances.
De façon plus globale se présente à nous une alternative sous forme de questions dont je vous rappelle certaines pour votre réflexion :
- Souhaitons nous maîtriser notre temps ou plutôt vivre avec?
- Ou se situe alors véritablement le progrès ?
- Comment allons nous valoriser cette espérance de vie qui ne cesse de croître chaque jour un peu plus?
François BOUTEILLE
Coaching et médiation