Aparté n°57, juillet 2004
Il y a ceux d'entre vous qui vont partir en vacances.
Il y a ceux qui en reviennent.
Et puis, il y a ceux qui ne partiront pas, ou, tout du moins, qui s'évaderont en pointillés, histoire de pouvoir se dire sans doute qu'ils ne s'en sont pas totalement exclus.
Mais finalement, que sont ces vacances dont on parle cycliquement ? A quoi servent-elles ? Doit-on avoir travaillé pour les "prendre" ?
Autant de questions qui me viennent à l'esprit comme autant de réponses à élaborer pour en justifier l'existence et surtout la nécessité.
Combien de fois les présente-t-on comme conséquentes et indispensables aux périodes travaillées afin d'en compenser les effets.
Objet de phantasmes et de rassurance, elles sont souvent vécues comme un aboutissement, comme un dû qui répond sans doute à une perte ou à un manque. Mais de quoi, de qui ?
Toujours est-il qu'en essayant de me rappeler, lors de conversations, ce qu'elles procurent de tant attendu, j'ai du convenir l'étrange parenté qui pouvait exister entre la conduite réussie d'une entreprise et celle de ses vacances.
Une seule condition : savoir donner du temps au temps.
Temps de prise de recul
Je vais m'aérer la tête. Je pars loin de tout. J'oublie un instant mes préoccupations habituelles. Je me recentre sur ce que j'aime. Je vais enfin faire ce que je ne peux pas faire le reste de l'année, …
Que vous souhaiter en effet de mieux dans la conduite de vos affaires. Ne serait-il pas possible d'essayer de poursuivre dans l'entreprise ces respirations telles que vous vous les accordez si naturellement en vacances. Rien ne vous l'interdit.
Temps de la rencontre
C'est le seul moment où je peux vraiment consacrer du temps à ma famille. Toutes les conditions sont réunies pour faire de nouvelles rencontres. C'est incroyable ce qu'une activité pratiquée en commun permet de découvrir l'autre autant que soi-même. J'ai sans doute rencontré plus de personnes passionnantes durant mes courtes vacances qu'au cours de toute ma vie professionnelle, …
Comment réinventer la rencontre en entreprise? Comment favoriser la rencontre de l'entreprise avec son environnement? La rencontre ne supporte pas l'urgence et les tensions. Elle exige elle aussi du temps et un climat pour que s'instaure une nécessaire confiance. Elle demande également à être entretenue, parlée, reconnue et fêtée tout au long de l'année.
Temps de la convivialité
Tous les soirs nous faisons la fête. N'importe quel prétexte est bon. On danse et on chante comme des fous. En vacances, je me sens plus proche des autres. Il n'y a pas les barrières habituelles. En vacances, nous n'avons qu'un seul but : nous faire plaisir, ...
Je me suis toujours demandé pourquoi l'entreprise se préservait généralement de tout esprit de fête comme si l'affaire était trop sérieuse pour supporter un tel état d'esprit.
Doit-on convenir que le rire et le plaisir qui en résulte appartiennent définitivement au registre de la dérision et donc au risque de ne pas paraître crédible.
Je connais trop les dirigeants et leur esprit de fête pour croire en une telle chose. Prendre le risque de rire est-ce prendre le risque de perdre son pouvoir. Je ne le pense certainement pas, bien au contraire.
Temps de l'aventure et de l'expérimentation
Quand je pars en voyage, je me rends compte de ma capacité toute particulière à m'exposer à des situations nouvelles. En fait, c'est ce que je recherche en premier. Il y a des activités que je ne pratique qu'en vacances sans que je sache réellement pourquoi. C'est marrant mais en vacances je n'ai pas peur d'essayer de nouvelles activités. Quand je me sens bien, ma capacité à innover et à prendre des risques est décuplée, ...
En fait, les vacances disposent de cet autre secret qui est de proposer avec une précision rare un moment porteur de sens. Objectifs et moyens sont en effet clairement définis. Chacun sait ce qui est attendu de lui et la place qu'il occupe.
Temps des efforts choisis
Il y a des jours où je ne fais strictement rien et d'autres où je pratique de multiples activités. J'aime bien passer des moments de totale tranquillité à des moments d'agitation intense. En vacances, je choisi ce que j'ai envie de faire. Je ne supporte pas que quelqu'un m'impose quoi que ce soit. C'est curieux, en vacances, je dépense beaucoup plus d'énergie et pourtant je suis moins fatigué que tout le reste de l'année, ...
La notion d'effort au travail est inscrite à ce point dans notre culture que de la pénibilité qui en résulte dépend souvent le crédit porté à l'action qui en est à l'origine.
Autrement dit, plus je souffre et plus je pense exister pour moi et pour les autres. Et surtout, souffrance se met à rimer avec performance, il est vrai de manière totalement illusoire quand nous prenons le temps de l'analyser.
Par quel hasard cette notion est-elle donc remise en cause avec une telle facilité quand il s'agit des vacances. Ne serait-ce pas parce que je choisis, enfin.
Temps de la sensualité
En vacances, tous mes sens sont en éveil. Souvent, je marche interminablement jusqu'au moment où je découvre un panorama qui me fait frissonner d'émotion. Je m'assois alors et je laisse planer librement mon regard. En vacances, je redécouvre le plaisir des sens. Chaque bruit, chaque odeur éveille chez moi un souvenir. En vacances, je suis plus amoureux, ...
Par quelle alchimie maléfique cette recette, au demeurant fort simple, ne conduit-elle pas aux mêmes effets durant le reste de l'année?
Temps de la gestion du temps
En vacances, je prends le temps, je prends même du bon temps. En vacances, la montre reste dans le tiroir. Parfois, je ne sais même plus le jour que nous sommes. En vacances, on mange quand on a faim. C'est amusant, mais j'ai le sentiment qu'en vacances je ne suis jamais en retard ou en avance. Je suis ici et maintenant, tout simplement, ...
J'espère que ce court instant vous aura permis de vous évader sur un air de vacances.
Mais surtout, retenez que, pour qui veut agir efficacement ensuite, s'écouter vivre est essentiel. C'est le temps de la contemplation.
François BOUTEILLE
Coaching et médiation