Aparté n°54, avril 2004
Prendre une décision, choisir entre plusieurs options est une situation à laquelle chacun d'entre nous est confronté quotidiennement beaucoup plus souvent qu'il ne l'imagine.
Pour autant et plus particulièrement dans la sphère de l'entreprise nous nous rendons compte de la nécessité de mieux comprendre comment s'organise notre manière de décider afin de l'optimiser sans toutefois prétendre la maîtriser totalement.
Mais de quoi est-elle constituée ? Il s'agit en fait essentiellement d'une savante alchimie élaborée à partir de comportements qui émanent directement de notre personnalité.
Souvent, nous les définissons par leurs contraires comme nous allons le voir plus loin. La grande originalité du processus décisionnel est qu'il va falloir jouer d'associations et non d'oppositions pour prétendre au meilleur résultat.
Si nous ne devions retenir qu'une chose, nous ne devrions jamais oublier que c'est avant tout notre personnalité qui nous dicte chacun de nos choix, aussi surprenant que cela puisse paraître.
En dehors des situations de manipulation dont nous pouvons malheureusement être victimes, la première personne sous l'influence de laquelle nous sommes en permanence est…nous-même.
Connaître ses principaux traits de personnalité est donc la première étape qui va nous permettre d'élaborer la démarche de progrès que nous recherchons afin d'optimiser notre processus décisionnel.
Intuition et choix rationnel : il s'agit bien d'arriver à mieux concilier les convictions profondes qui fondent notre intuition avec notre capacité à réunir toutes les informations nécessaires. Il va nous falloir ainsi exploiter harmonieusement le champ des faits avec celui des émotions.
Prise de risque, propension et aversion : la prise de risque intervient comme un facteur déterminant dans le choix. Connaître son niveau d'acceptation du risque, c'est se doter de meilleures chances pour choisir la bonne option. Ceci étant, il n'y a pas de développement d'activité envisageable sans une prise de risque minimum.
Pion sur l'échiquier et maître du monde : s'il est important de se reconnaître un pouvoir d'influence sur les autres et sur son environnement, il est tout aussi primordial d'en admettre la réciprocité. L'idéal résulte donc de tout mettre en œuvre pour valoriser cette interactivité permanente. Nous sommes ainsi à la fois acteurs et sujets.
Attentisme et impulsivité : si, souvent, l'attentisme est considéré comme un défaut, il peut au contraire conduire à une forme de sagesse celui qui veut prendre le temps de disposer de toutes les informations qui lui sont nécessaires pour décider. Par contre, trop attendre peut conduire à manquer des opportunités de premier ordre.
De son côté, l'impulsivité, souvent vécue comme vertueuse parce que synonyme de réactivité et de prise d'initiative, peut, à l'extrême, conduire à des prises de décision immatures.
Là encore, nous devons veiller à un juste équilibre.
Pragmatisme et émotivité : l'émotion caractérise l'humain. Pour qui pense que la conduite d'une entreprise ne trouve son sens que par l'adoption d'une attitude humaniste, l'émotion lui est indispensable.
Accepter ses émotions c'est s'accepter soi-même, pleinement. Prendre une décision qui ne respecte pas ses émotions, c'est ne pas s'écouter. Le risque est alors grand d'aboutir au terme du processus décisionnel à un résultat fort éloigné de celui que l'on imaginait au départ.
Mais comprendre nos émotions nous permet dans le même temps de ne pas nous laisser submerger par elles.
Nous voyons combien certains individus sont plus enclins que d'autres à laisser leurs émotions immédiates modeler leur comportement décisionnel.
Jouer encore une fois d'un équilibre judicieux entre ces deux tendances, celle du cœur et de la raison, c'est se donner toutes les chances de prendre une décision appropriée.
Estime de soi et humilité : je ne connais pas de personne qui fasse confiance à qui que ce soit sans avoir confiance un tant soit peu en elle-même.
A l'inverse, un excès de confiance en soi peut conduire à commettre des erreurs de jugement fatales. Se porter estime est indispensable autant que d'accepter les limites de son pouvoir.
Conviction et doute : quel curieux mélange et pourtant, s'il est réussi, il permet d'obtenir des résultats spectaculaires. Chacun d'entre nous a pu le vérifier lorsqu'il y arrivait. Soyons toutefois prudents en n'oubliant pas que nous avons souvent tendance à surestimer nos capacités.
Tout ceci confirme bien la nécessité qu'il y a pour chaque manager de mieux se connaître s'il veut optimiser son processus décisionnel.
Mon métier de coach me conduit de plus en plus souvent à le vérifier auprès des dirigeants qui me demandent de les accompagner dans leur réflexion pour arriver à une meilleure prise de décision.
François BOUTEILLE
Coaching et médiation