Aparté n°53, mars 2004
Comme nous l'avons vu le mois dernier dans ces mêmes colonnes, le stress, s'il est indispensable, n'est ni une fatalité ni générateur systématiquement de souffrance.
Il intervient chaque fois que nous devons faire face à une situation que nous percevons comme potentiellement "dangereuse".
C'est donc un précieux indicateur du niveau de tension qu'engendre chez nous la rencontre avec une situation généralement nouvelle.
Le stress se manifeste avant tout, contrairement à ce que nous imaginons souvent, par des signes physiologiques et physiques. Je vous en citerai plus loin quelques uns pour mémoire.
C'est la raison pour laquelle nous devons disposer d'une capacité d'auto-diagnostic performante si nous souhaitons rester, en quelque sorte, maître de notre stress et ne pas en subir ainsi les excès.
La première démarche consiste donc à identifier plus précisément l'état de cette faculté de diagnostic. En essayant de répondre aux quelques questions qui suivent vous pourrez faire un rapide état des lieux :
- Identifiez vous facilement votre état de détente ou de tension au niveau de vos mâchoires, de votre nuque, de vos épaules ou de votre estomac selon les moments ?
- Etes-vous également facilement conscient de votre rythme respiratoire, de la qualité de votre sommeil ou de votre tonus corporel ?
- Prenez-vous régulièrement le temps de vous occuper du bon état de votre corps ?
- Repérez-vous et déchiffrez-vous facilement les signaux d'alerte que vous transmet votre corps ?
Comme vous le constaterez sûrement, ce travail relève de l'attention que chacun d'entre nous sait porter à son corps. Est-il utile de rappeler que c'est bien là que se manifeste le stress, que son origine soit d'ordre physique (un accident, …) ou psychologique (un conflit, …). Ce n'est qu'ensuite que notre mental tente de prendre le relais pour, dans le meilleur des cas, analyser ce stress et remédier à ce qui nous apparaît comme dangereux pour notre santé.
Faute d'une capacité d'auto-diagnostic suffisamment développée, les indicateurs se limiteront à des impressions, des sentiments peu gérables et donc facilement générateurs de souffrance durable.
Cela me conduit à vous rappeler combien votre histoire personnelle, votre culture, votre éducation et bien d'autres facteurs relevant de votre intimité vous rendent plus ou moins attentifs à votre corps, aux signes qu'il vous envoie et donc au niveau et au type de stress (positif ou négatif) que vous développez.
Mon métier de Coach me conduit souvent à aider des dirigeants à mieux percevoir leur seuil d'alerte avant que se déclare une pathologie somatique grave comme ultime rappel à la raison.
N'oubliez surtout pas à quel point ce niveau de conscience de votre état corporel conditionne votre état mental, votre relation aux autres et donc la performance de votre management et de la conduite de vos affaires.
Pour autant, nous ne sommes pas dans le champs de la simple volonté. Evoluer dans une relation plus amicale à son corps peut passer par ce travail d'accompagnement que je propose quand cela est nécessaire.
Ensuite, en réutilisant la série de questions proposée plus haut, il vous sera possible de réaliser régulièrement un check up personnel en quelques minutes.
Grâce à une meilleure faculté pour identifier ces signes avant coureurs dès leur première manifestation, vous pourrez effectuer plus rapidement les analyses qu'ils suggèrent et les démarches correctives qui s'imposent pour une meilleure gestion de votre stress.
Une fois ces indicateurs de veille établis de manière suffisamment fine, il vous faudra construire une échelle de valeur vous permettant de mieux en estimer l'intensité.
Des chercheurs tels que Christiane Donati ou Patrick Légeron ont abondamment travaillé sur le sujet.
Vous pourrez ainsi savoir à tous moments la manière dont vous utilisez les effets positifs ou négatifs du stress que vous développez.
Pour vous aider, vous trouverez ci-dessous une liste non exhaustive des indicateurs positifs ou négatifs rencontrés au cours des trois phases constitutives du stress (phase de constat, phase d'adaptation, phase de "rémission").
Phase de constat (l'alerte) :
Indicateurs positifs : éveil de la curiosité, mobilisation de l'attention, lancement d'un défi, dynamique d'élan, mobilisation de l'énergie, mise sur le qui-vive, mise du corps en tonus d'action, bon appétit, stimulation des envies, …
Indicateurs négatif : obligation de se décentrer de l'action précédente, repos perturbé, tranquillité intérieure rompue, augmentation du trac, de la colère, de l'inquiétude, …
Phase d'adaptation (la réaction) :
Indicateurs positifs : mise en œuvre des capacités d'observation et de réflexion, des capacités de créativité, du plaisir d'analyser et de rechercher des solutions, perception de sa force, existence d'un dynamisme corporel, perception de son endurance, apparition d'une joie à faire face, excitation, envie de s'impliquer, développement d'un sentiment de maîtrise et de confiance en soi, …
Indicateurs négatifs : l'attention a du mal à se mobiliser sur d'autres problèmes survenant en même temps, une certaine énergie physique s'accumule et demande à être dépensée, détachement de tout ce qui ne relève pas de la situation de stress, …
Phase de "remédiation" (les conséquences) :
Indicateurs positifs : problème résolu et possibilité de passer à autre chose, augmentation des capacités à faire face, à analyser et à trouver des solutions pertinentes, recherche d'un repos bien mérité, augmentation de l'estime portée à soi-même, …
Indicateurs négatifs : fermeture à d'autres centres d'intérêts, réduction du champ des informations prises en compte, rigidification du point de vue, diminution des capacités de créativité, sentiment d'échec tendant à se généraliser, capacités de résistance diminuées, vulnérabilité accrue aux maladies somatiques, sommeil agité et chemin du repos difficile à trouver, augmentation du pessimisme, diminution de sa joie de vivre, forte propension à la dépression, …
Vous voyez ainsi à quel point des situations de stress peuvent impacter favorablement ou défavorablement sur votre vie professionnelle et plus généralement personnelle.
A vous maintenant d'organiser au mieux la gestion de votre stress.
Et le plaisir qui en résultera sera le meilleur des indicateurs de votre réussite.
François BOUTEILLE
Coaching et médiation