Aparté n°51, février 2004
Imprévisibilité croissante des situations rencontrées, crise identitaire du chef d'entreprise, redémarrage de l'activité, nécessaire compréhension des raisons de toute action envisagée… Je ne sais pas si l'explication réside dans ces quelques hypothèses mais jamais mon métier de Coach ne m'a conduit à rencontrer et à accompagner à leur demande autant de dirigeants stressés.
Au point d'avoir entrepris une recherche à propos du stress, de sa signification historique, son mode d'expression à la manière de s'en faire un allié précieux ou un ennemi redoutable.
Permettez moi de vous en faire partager les premiers fruits.
Contrairement à ce que l'on imagine souvent, le mot stress, même s'il a été "récupéré" sur le plan linguistique par les anglais, provient bel et bien du français. Au 13ème siècle, on parlait de "destrece" mot qui a donné plus tard "détresse". Ce dernier provenait lui-même du latin "stringere" signifiant "serrer, resserrer". En traversant la Manche, il prit plus précisément les sens "d'affliction, de malheur, de difficulté et d'adversité".
En l'empruntant enfin récemment à la psychologie, les physiciens en renforcèrent incidemment et considérablement le sens. Dans cette discipline, il désigne "la force intérieure produite dans un corps par toute force qui tend à le déformer".
Il en résulte le principe de résistance. Et comme un matériau soumis à des contraintes externes, ne dit on pas, la limite étant franchie, que nous craquons!
Etonnant, non? Les mots nous parlent quand nous savons les écouter.
Si bien que cette nouvelle signification permet aujourd'hui de rappeler que l'existence et les effets du stress se situent aussi bien sur le plan mental (psyché) que corporel (soma).
Nous pouvons ainsi affirmer que le stress en soi est bien un état normal qui est le résultat des circonstances externes rencontrées. Sans pour autant que cet état soit systématiquement générateur de troubles auxquels il convient alors de remédier, au risque de déboucher sinon sur des détériorations mentales et/ou physiques graves.
Mais attention, ne nous trompons pas, je ne parle pas encore ici du plaisir ou du déplaisir qui peut en résulter.
Pourtant, cette approche indique qu'il existe une limite à ne pas franchir, voire même dont il est dangereux de s'approcher inconsidérément.
Claude Bernard a même identifié des facteurs physiologiques qui tendent à démontrer que de franchir cette limite conduit à se mettre physiquement en danger.
Plus tard, d'autres chercheurs ont précisé combien l'organisation d'un équilibre entre un organisme et son environnement, quelque soit les circonstances rencontrées, contribuait à sa survie. Ils nous ont ainsi indiqué avec une infinie précision comme il était dangereux, voire fatal, de transgresser cet harmonie.
Autant le froid intense peut générer un stress assez facile à percevoir dans ses effets, et donc face auquel il est assez aisé de réagir par la mise en œuvre d'une stratégie appropriée.
Autant je vous recommande d'être particulièrement vigilants face à ces situations de stress rencontrées dans le travail, relevant surtout du mental, beaucoup plus diffuses et répétées et donc complexes à identifier avec précision pour y remédier ensuite avec efficacité.
Alors, quelles réponses proposer en de telles circonstances?
Dans une situation de survie, les premières qui nous viennent immédiatement à l'esprit relèvent seulement du "combattre ou fuir". Et c'est parfaitement exacte sur le plan physiologique, ne l'oublions pas. Il n'y a qu'à repenser à bon nombre d'attitudes rencontrées en de telles situations. Prenez un exemple extrême générateur de stress tel qu'un accident de la route. Remarquez alors les comportements qu'il suggère spontanément.
En 1936, un chercheur canadien, Hans Selye a même identifié toute une chaîne de réactions physiologiques qui tendaient à sauver cet notion d'équilibre entre l'interne et l'externe quand elle était mise en danger. Cette aptitude a été appelée "syndrome général d'adaptation".
Cette découverte est capitale parce qu'elle montre que sans stress, nous ne développerions pas cette faculté précieuse à nous adapter au changement. Le stress nous est donc vital en même temps qu'il peut signifier notre arrêt de mort.
Le stress est ainsi notre meilleur allié comme notre pire ennemi.
Il convient, maintenant que nous savons l'importance vitale du stress, de bien en comprendre le déroulement, surtout quand il dépasse cette limite fatidique. On peut identifier essentiellement quatre phases que l'on retrouve d'ailleurs dans toute dynamique de changement:
- Pour agir efficacement, il faut disposer d'informations. Pour aussi évident que puisse paraître ce propos, combien de fois passons nous du stress à la détresse faute de nous être écoutés ou de ne pas avoir écouté nos collaborateurs avec suffisamment d'attention.
- Le listing des symptômes ayant ainsi permis d'identifier cet état excessif, intervient alors une phase de résistance normale et salutaire. Elle va en effet permettre de prendre position par rapport à cette agression. Il s'agit là d'une attitude normale, parfois déroutante mais indispensable.
- Vient ensuite l'inoculation du vaccin. C'est la phase de tentative d'adaptation au changement. C'est l'heure des choix et des décisions acceptables, aussi radicaux soient-ils.
- Si l'on peut espérer à chaque fois une rémission totale et durable, il existe des situations où le stress reste bel et bien présent, conduisant à l'épuisement mental et physique de la personne ou du groupe de personnes. On constate alors que pour éviter une issue fatale, il faut modifier l'environnement. Pour prendre un autre exemple concret, la seule issue possible au mal être rencontré dans leur travail par certaines personnes peut les conduire à remettre en cause de manière radicale leur environnement professionnel.
Mais surtout, plutôt que de réagir à ce stress quand il devient insupportable et générateur de souffrance, apprenons à identifier plutôt ces facteurs agressifs récurrents qui nous mettent en péril. Nous en reparlerons le mois prochain.
François BOUTEILLE
Coaching et médiation