Aparté n°49, novembre 2003
Dans mon précédent article, je vous ai rappelé que la complexité d'un projet relevait avant tout du nombre de personnes, voire, des groupes de personnes qui étaient concernées par lui.
Chacun disposant d'une vision particulière, fruit de valeurs et d'enjeux personnels à chaque fois différents.
Nous avons vu ensuite que la manière la plus probante d'appréhender ce type de projet consistait tout d'abord à identifier tous les alliés potentiels intéressés de près ou de loin par les objectifs ciblés. Il convenait alors de retravailler le projet initial de telle sorte qu'il s'alimente autant des attentes de chacun qu'il les enrichisse en retour.
Quelle meilleure manière pour s'assurer du plus grand nombre une contribution durable et active. En effet, cette dynamique reconnaît et valorise chaque acteur dans le respect de son identité propre.
En somme, plus que d'imposer un point de vue unilatéral tout est mis en œuvre pour que chaque projet individuel se retrouve bien dans le projet terminal, grâce à une véritable stratégie d'échanges.
S'agissant d'un projet s'adressant donc à un nombre important, les alliés vont ensuite servir de courroie de transmission idéale.
En effet, qui est mieux placé qu'un allié pour convaincre à son tour ses semblables.
D'autant plus que les arguments qu'il utilisera alors seront ceux qu'il a élaborés.
Dans ce contexte, la notion de conduite du projet doit être également revisitée pour éviter certains écueils. Il n'est plus question d'imposer une organisation mais de favoriser l'émergence au sein du groupe des alliés de celle qui sera véritablement à leur image.
C'est là qu'apparaît souvent la nécessité de dissocier initiation du projet et son animation.
Une tierce personne, formée pour ce genre de circonstance, favorisera le changement de systèmes de comportements souvent fortement institutionnalisés.
Au même titre qu'il est reconnu que les parties impliquées dans un conflit sont généralement les plus mal placées pour le résoudre, sauf si le problème se résout par la force.
Ainsi, même si un projet qualifié de difficile n'est pas forcément source de conflit, il existe une parenté forte quant à la nature des comportements qu'il suggère.
Par sa "non implication sur le plan technique", cette tierce personne va permettre la prise en compte et la valorisation de toutes les idées naissantes sans être "taxée" pour autant d'un quelconque parti pris. Nous voyons là une situation dans laquelle le coaching peut trouver une place privilégiée.
Mais cette présence externe ne se suffit pas elle même. Elle va devoir créer une véritable dynamique de groupe en conjuguant alternativement des phases d'accompagnement individuel avec des phases d'expression collective.
Autre point capital pour la réussite d'un projet difficile que la notion de sanction positive qui doit être énoncée du départ comme un principe incontournable. Trop souvent en effet ai-je pu constater que très vite, des personnes en réflexion étaient immédiatement décrites comme opposantes et se voyaient alors sévèrement sanctionnées pour leur non adhésion de fait.
C'est la manière la plus radicale pour créer rapidement un mouvement de rébellion qu'il sera ensuite très difficile de juguler sans que ne subsistent de profondes blessures.
Identifions les résistances et tentons de les accompagner afin d'aboutir à l'adhésion recherchée en aménageant le projet initial.
Et surtout, sachons communiquer sur tous les bénéfices qui pourront être tirés de sa future mise en œuvre.
Autre point encore que celui, s'il est demandé, de l'accompagnement ensuite de ses alliés dans la réalisation de leurs projets respectifs mais sans jamais chercher à se substituer à eux.
Ainsi, c'est bien l'action des alliés, inscrite dans le temps, qui va véritablement donner son corps au projet final.
Nous nous trouvons alors dans une configuration de projet tout à fait nouvelle qui va bien au delà des principes de délégation ou de participativité.
C'est au travers de la qualité de la relation entretenue avec les alliés que va pouvoir naître et vivre un projet qui apporte avec lui la garantie de bien mobiliser tous les acteurs concernés.
Nous avons essentiellement parlé de la stratégie à développer auprès des alliés. Vous comprendrez que là est la meilleure manière pour ensuite s'adresser aux "adversaires". Avec cette énorme atout que d'avoir évité toute forme de fracture a priori tant que cela ne risquait pas bien sûr de mettre en péril de mort l'essence même du projet.
Si nous devions retenir une idée maîtresse, je dirais volontiers que le projet complexe doit se nourrir du projet de chacun de ses alliés pour en être finalement le fruit partagé.
François BOUTEILLE
Coaching et médiation