Aparté n°42, mars 2003
Un protocole d'accord vient d'être signé entre le ministère de la jeunesse, de l'éducation nationale et de la recherche, le ministère à l'enseignement scolaire et le secrétariat d'Etat aux PME, au commerce, à l'artisanat , aux professions libérales et à la consommation.
Son titre : "Une ambition partagée : développer l'esprit d'entreprendre".
On ne peut que se réjouir à l'annonce d'une telle initiative en raison de la raréfaction du nombre d'entreprises nouvelles. A ceci se rajoutent les problèmes croissants rencontrés en matière de reprise d'entreprises.
En effet, dans les dix ans à venir, ce sont 500 000 entreprises qui changeront de dirigeants ou qui disparaîtront.
Ce protocole affirme le rôle déterminant que doivent avoir les acteurs éducatifs afin de faire germer suffisamment de vocations auprès des jeunes, ressource essentielle elle même soumise à une raréfaction en devenir.
Il s'agit donc bien de développer au sein de cette population des capacités d'entrepreneuriat fondées sur les principes de promotion de la créativité, de gestion du risque et d'acceptation du changement.
En somme, de mieux les préparer à conduire des projets innovants pouvant déboucher sur la création ou la reprise d'entreprises.
Cinq orientations prioritaires caractérisent ce protocole :
- Lancer une campagne nationale de promotion de l'esprit d'entreprendre.
- Recenser et mutualiser les initiatives.
- Organiser au niveau national un concours des meilleurs projets pédagogiques.
- Intégrer le thème de la création d'entreprise dans les dispositifs pédagogiques existants.
- Accompagner les enseignants par la formation et des actions de sensibilisation.
Récemment interpellé sur ce sujet, j'ai reformulé la question de la manière suivante :
"Qu'est ce qui incite chacun favorablement au changement ?" Ce qui est l'essence même du projet.
Ma réponse tient en cinq mots : "Une nécessité consciente et motivante".
Le projet n'est ensuite que la résultante de ce processus mental complexe car multifactoriel.
Car, "si je fais des projets, c'est que j'ai, avant tout, envie de changer d'état."
Une nécessité : Même si la capacité d'adaptabilité est ce qui caractérise l'homme par rapport au reste du règne animal, tout individu redoute fondamentalement le changement car il est générateur d'angoisse de par les incertitudes qu'il suggére (de nombreux travaux de chercheurs nous le rappellent).
En somme, si l'homme sait changer, il déteste être confronté à cette situation.
Il faut donc qu'il y soit contraint (économiquement, socialement, etc…) pour accepter de s'investir dans une telle dynamique. D'où le terme de "nécessité".
Consciente : En être conscient est indispensable. Comment ne serait-ce que d'envisager une telle perspective si l'on n'a pas conscience de sa nécessité ?
Dans ce cas, la résultante serait alors, à la suite d'une invite d'autrui au changement (même avec la meilleure intention) de déboucher sur un profond sentiment de malaise sur fond de manipulation avec pour conséquence immédiate un rejet sans nuance.
Cela est particulièrement vrai chez les jeunes adultes, en pleine construction identitaire (même si elle est entreprise avec difficulté).
Il faut donc arriver à prendre conscience pour soi de la nécessité à opérer un changement, quitte à être aidé dans cette démarche, préalable à tout projet.
Motivante : Penser que l'on peut entreprendre le changement sans motivation personnelle, c'est se tromper lourdement. Une dynamique de changement, pour être durablement efficace, doit être appréciée favorablement par celui qui l'entreprend et la vit.
Tout du moins, la finalité du changement envisagé doit elle être ainsi appréhendée.
Et Les prérequis pour y arriver relèvent principalement des principes suivants :
- Les éléments du constat de la situation de départ doivent faire apparaître ce qui n'est pas satisfaisant mais surtout doivent mettre en valeur les ressources personnelles et environnementales dont dispose la personne concernée pour outiller son changement.
- Le (ou les) objectif d'arrivée doit être clairement identifié.
- Cet objectif doit donc être motivant comme source potentielle de mieux être. (On accepte de changer pour aller mieux, pas pour aller plus mal).
- La démarche pour atteindre l'objectif doit être respectueuse des valeurs profondes de la personne.
- Ce parcours doit être constitué de moyens disponibles, variés (qualités et compétences personnelles, experts, personnes et structures relais, grands témoins, etc…) et précisément identifiés.
- Le droit à l'expérimentation et donc à l'erreur doit être rappelé comme une composante à accepter dans tout processus de changement.
- Enfin, les résultats atteints doivent être évalués en comparaison de ceux qui avaient été imaginés dans une optique de conformité, indispensable à l'entretien de la motivation.
Ainsi, avant même de penser promotion de l'esprit d'entreprendre, il convient de s'assurer que les conditions préalables à tout changement ont bien été réunies.
Et le plaisir qui en résulte est sans nul doute le meilleur indicateur de réussite.
François BOUTEILLE
Coaching et médiation