Aparté n°40, janvier 2003
Dans un environnement de plus en plus instable, aux prévisions aléatoires, l'entreprise connaît un système souvent dépressionnaire aux turbulences aussi soudaines que chroniques.
Ce bulletin météo étant ainsi établi, je suis obligé de convenir que l'ambiance qui en résulte en entreprise peut varier du tout au tout.
Et les discours comme les comportements qui en émanent en sont les indicateurs les plus révélateurs.
Démotivation, démobilisation pour certains, le regard est alors porté avec nostalgie sur le passé. Rien ne va plus et surtout, rien n'indique pour l'avenir que la situation pourrait s'améliorer. Les rapports humains s'installent dans une sorte de spirale négative sans fond. Enfin, le stress trouve une place de choix. C'est le règne du court terme et de l'urgence systématique.
Même si ceux qui connaissent une telle situation sont conduits à penser que c'est partout pareil, je suis bien obligé de constater qu'il n'en est rien, loin s'en faut.
Je rencontre en effet régulièrement des hommes et des femmes d'entreprise porteurs d'un enthousiasme à toute épreuve !
Mais où cet état aussi étrange que sourdement agréable à constater trouve-t-il son origine ?
J'ai pu une fois encore constater que l'explication réside à la tête de l'entreprise et surtout dans celle de son dirigeant.
Les entreprises enthousiastes sont animées par des managers enthousiastes.
Et si ces dirigeants sont des hommes de raison, ils savent harmonieusement lui adjoindre une once d'émotion positive, génératrice de motivation et donc d'enthousiasme individuel et collectif. Car l'enthousiasme est contagieux.
Il est vrai que notre éducation et notre formation nous ont peu préparés à développer et à exprimer ouvertement de tels comportements au risque, nous semble-t-il, d'être perçu négativement par les autres comme un être vulnérable.
Au fil de ces années de construction personnelle, la raison et la logique l'ont trop souvent emporté au détriment de l'émotion et de l'imagination.
Ce système ne prédispose pas le futur manager à devenir agile et créatif dans un environnement mouvant, et encore moins les hommes et les femmes qui composent l'entreprise à prendre du plaisir en travaillant.
Et les débats actuels organisés autour de la relation de l'homme et du travail ne font que conforter cette analyse.
Comment renouer avec l'enthousiasme dans l'entreprise ?
Revenons à cette notion de motivation. Depuis notre plus tendre enfance, cette motivation a été régulièrement déformée par le jeu de la récompense distribuée par d'autres suite à l'obtention de bonnes performances.
Une fois devenus adultes, les individus soumis à cette approche externalisée de la motivation comptent naturellement et uniquement sur la société pour recevoir des gratifications nécessaires à leur bien être. Leur motivation ne naît alors que du regard reconnaissant que leur portent les autres.
C'est en somme comme si nous ne finissions par exister que par ce que nous renvoie notre environnement. Mais est-ce cela exister ?
Où se situe le jeu de la responsabilisation, de l'imagination et de l'action, autrement plus structurants et épanouissants sur le plan identitaires?
C'est dans ce contexte qu'émergent ceux que j'appellerais les "collaborateurs spectateurs". Ceux à qui tout changement fait peur.
Bien sûr, cette motivation qui résulte de la reconnaissance qu'ont pour nous les autres doit exister. Elle agit positivement sur nous dans le court terme. Elle ne doit pourtant pas être unique.
Il réside une autre motivation, beaucoup plus complexe et ancrée au cœur de chaque homme. C'est elle qui génère cette enthousiasme autrement plus stable. Cette motivation interne émane de notre système de valeur. Elle en est l'expression quand nous nous respectons.
Ce système de valeur rend chacun d'entre nous unique. Fabriqué en effet au fil des jours de notre histoire, il nous a structuré jusque dans notre plus petite parcelle de conscience.
C'est là que résident nos certitudes.
Il convient alors que chaque manager que nous sommes prenne aussi le temps régulièrement de s'interroger sur le respect qu'il porte à lui-même, à ce qui va générer cette profonde motivation et donc de l'enthousiasme.
Pouvoir se dire que l'on est en cohérence avec ses convictions est la plus sûre manière de conduire ses collaborateurs à s'interroger à leur tour, en leur proposant de les aider s'ils en ressentent le besoin.
Pour autant, ce même manager doit bien évidemment contribuer à motiver différemment selon les situations individuelles et collectives rencontrées.
Quel plaisir pour le collaborateur que de se rendre au travail le lundi matin en sachant que son manager est plutôt quelqu'un de positif et de sympathique.
Prenez donc soin de vous, de vos émotions comme autant de joyaux au service de votre performance.
Je n'ai jamais rencontré d'homme faible parce qu'il laissait parler ses émotions, bien au contraire.
Des excellents gestionnaires que nous sommes il nous faut devenir de meilleurs motivateurs encore.
François BOUTEILLE
Coaching et médiation