Aparté n°37, octobre 2002
Je vous ai rappelé, le mois dernier, combien jeunes et entreprises étaient mal préparés à se comprendre et donc à apprécier tout ce qui pouvait les conduire à se rencontrer, à coopérer et à réussir ensemble.
Faute d'aboutir rapidement à un ajustement équitable, et loin de tout fatalisme, nous risquons de générer une situation de gâchis durable tant sur le plan social qu'économique.
Il est vrai que cette situation est d'autant plus complexe qu'elle touche à l'évolution démographique de la France en particulier et de l'Europe en général. La population active connaît déjà un double effet : elle diminue en nombre et augmente en âge moyen.
Cela veut dire que la population jeune avec ce qui la caractérise sera de moins en moins le reflet de notre société. Pour autant, l'obligation que connaissent les entreprises à innover et à s'adapter aux changements prend une place de plus en plus déterminante en matière de compétitivité. Aussi, ces mêmes entreprises devront prêter une attention de plus en plus attentive à cette population jeune, parce que détentrice justement de ces valeurs.
Et comme si cela ne suffisait pas, nous avons vu combien cette jeunesse se définit par sa grande hétérogénéité : les ouvriers diplômés non qualifiés en situation de précarité chronique, les débrouillards peu diplômés, les purs produits de la formation continue, les diplômés des grandes écoles, chéris des recruteurs, etc….
Toute la question est donc de se demander comment bâtir une démarche stratégique à la fois attrayante pour les jeunes et génératrice de performance pour les entreprises.
Il convient, pour sa part, que l'entreprise sache démontrer aux jeunes qu'elle est bien détentrice des qualités auxquelles ils tiennent. Elle doit donc développer à leur destination une démarche marketing. Ce qui a de quoi en déconcerter plus d'une.
Les jeunes apparaissant progressivement comme une valeur rare et recherchée seront de plus en plus attentifs aux conditions d'embauche qui leur seront proposées.
L'entreprise devra donc pouvoir leur garantir de manière tangible qu'elle sera bien en capacité d'accepter et de valoriser ces "traits de caractère" dans une relation contractuelle pragmatique et équitable, pour autant, épanouissante.
Cela suggère de profondes mutations en de nombreux domaines : management, organisation, système de valeurs, rapport à l'engagement personnel, etc….
Plus qu'un tutorat "paternalisant", il faudra désormais imaginer et mettre en œuvre des dynamiques d'accompagnement des nouveaux embauchés qui soient rapidement valorisantes.
Le pari est plus de libérer les énergies (autonomie) que de gérer du personnel (subordination).
Mais comment conduire dans le même temps les jeunes à mieux comprendre l'entreprise ?
Les médiateurs "institutionnels" que sont principalement l'école et la famille ont, à leur tour, un rôle capital à jouer sur le plan éducatif.
En fait, il faut que le monde des entreprises et le secteur éducatif acceptent d'avancer main dans la main. Pour cela les programmes scolaires doivent impérieusement arrêter de saucissonner scientifiquement la réalité en matières refermées sur leurs spécificités et leurs certitudes. Désormais les enseignants devront conjuguer les apports de savoirs, de savoir faire et de savoir être attendus dont la mobilité, la rigueur, l'aptitude à vivre ensemble, l'adaptation aux changements en préservant le sens, le jugement critique, l'apprentissage permanent, le principe d'observation et d'anticipation, etc ….
Concernant cette école recherchée, les filières favorisant l'interactivité avec l'entreprise doivent dès à présent être proposées en priorité et ne plus apparaître comme des offres de seconde zone.
Le temps où tout s'expliquait de manière abstraite, raisonnée et scientifique est révolu.
Mais tout ceci demande déjà à ce que les structures d'apprentissage pratiquent pour elles mêmes cette mutation dans leur organisation et qu'elles l'entretiennent ensuite de manière chronique et naturelle.
Dans ce contexte, les parents ont aussi un rôle capital de guidance à jouer au delà de cette mission de protectionnisme et de rassurance qu'ils se sont donnés depuis trop d'années.
Face au désarroi qu'ils rencontrent souvent, n'est-il pas temps d'imaginer une nouvelle école des parents. Ils pourraient ainsi plus facilement proposer à leurs enfants une autre vision du travail, dédramatiser les temps de chômage, promouvoir le principe de formation permanente, aider au développement du regard critique, …en fait, promouvoir auprès de leurs enfants un monde ouvert et en devenir en arrêtant d'évoquer avec nostalgie un modèle de société révolu.
Voilà brossée une perspective qui paraîtra follement angoissante à ceux pour qui tout relève de la pré-destinée sociale. Quant à ceux pour qui la vie rime avant tout avec expérimentation et découvertes, ce début de siècle apparaîtra au contraire comme l'embarcadère vers l'épanouissement personnel et professionnel rêvé.
François BOUTEILLE
Coaching et médiation