Aparté n°26, octobre 2001
Le monde ne va pas bien et ce qui dysfonctionne, altère cette harmonie vitale, nous atteint en profondeur.
Au delà des discours de pure forme, il convient à tous moments de nous rappeler que ni la morosité, ni une quelconque psychose doivent nous habiter en tant que dirigeant ou cadre.
En effet, cet état de notre esprit, s'il arrive à s'installer, risque d'entraîner l'entreprise dont nous conduisons la destinée vers ces mêmes sentiments abîmaux.
Nous en connaissons alors trop bien les conséquences. Des indicateurs comme la non qualité et l'absentéisme croissant seront là pour nous le rappeler, si nous avions encore quelques doutes à ce sujet.
Un dirigeant mal portant et c'est son entreprise qui révèle assez rapidement les symptômes d'une démotivation épidémique.
Et le management participatif ou délégatif le plus performant qui soit ne pourra pas y contrevenir efficacement.
Un certain nombre d'exemples près de nous sont là pour nous le rappeler.
Si je ne devais retenir qu'une seule finalité recherchée au conflit international actuel ce serait justement celui-ci : atteindre le moral de l'économie par une dégradation recherchée de celui des chefs d'entreprise (perte de motivation et manque d'ambitions).
Au risque d'employer à mon tour un vocabulaire guerroyant, quelle pourrait être la meilleure arme dont nous disposions pour contrer cette destinée que certains n'hésitent pas à qualifier de diabolique ?
C'est, à ne pas en douter, la préservation, sans condition, de notre sérénité et le développement de notre bien être de la manière la plus équilibrée qui soit.
Je situerais volontiers le premier de ces équilibres dans la relation justement que nous entretenons avec notre environnement. Il convient de continuer à l'aborder avec toute l'empathie qui permet d'en garantir écoute et compréhension. Ceci n'est pas nouveau, j'en conviens.
Toutefois, l'impact des derniers événements est de tendre pernicieusement à nous refermer sur nos certitudes et nos catégorismes.
A l'inverse, ne pas se laisser imprégner de trop par ce que dégage négativement cette situation en préservant une distance suffisante.
Elle nous permettra ainsi de préserver un regard attentif, d'autant plus essentiel que tout nous conduit également à le perdre.
Là est le premier des équilibres à choyer. Appelons le sagesse.
Le second équilibre peut paraître plus surprenant à rappeler puisqu'il s'agit du regard que nous portons sur nous même. Notre culture, qualifiée par certains de "judéo chrétienne", nous amène assez systématiquement à nous déprécier ou, tout du moins, à refuser de nous considérer à notre juste valeur.
L'inhabitude sans doute de l'exercice à ce dernier comportement peut nous pousser parfois, par maladresse, au résultat opposé. Et l'on peut alors convenir des conséquences difficilement supportables pour l'entourage professionnel et affectif d'une attitude à l'excès égocentrée et fondée sur une auto satisfaction permanente.
Pour autant, nous conviendrons que la réponse souhaitée relève d'un juste équilibre à trouver entre la reconnaissance, en l'état, de sa richesse personnelle et la poursuite de son amélioration.
Je qualifierais volontiers ce deuxième équilibre essentiel de bienveillance de soi.
Mais il reste un troisième équilibre o combien important. Il s'agit de la juste conjugaison des deux précédents.
Il y a ceux qui n'agissent ou ne réagissent que par l'effet que produit l'environnement sur eux. Ce dernier gouverne alors en maître. C'est le temps de l'engagement total. Les sentiments personnels n'ont plus leur place.
L'individu n'existe plus au profit de l'autre.
Je redoute ces situations, aussi séduisantes qu'elles puissent nous paraître, justement dans ces moments de doutes intenses.
Porter son regard sur soi même. Faire de soi le premier compagnon et le meilleur allié.
N'ayons pas peur des mots.
Mais comment prétendre comprendre son interlocuteur si l'on rejette ou réduit au silence celui que nous sommes ? Ou s'installeront alors les conditions de la communication et de la négociation ?
Je ne sais plus quel penseur de nos ancêtres rappelait que la connaissance de l'autre commence par soi même.
Je vous propose donc que nous nommions ce dernier équilibre spiritualité.
Ainsi, si je devais résumer en trois mots ce qui devrait plus que jamais caractériser notre comportement managérial, vis à vis de nos collaborateurs et de nous mêmes, je citerais sans hésiter :
la sagesse, la bienveillance et la spiritualité.
A ce sujet, un homme de culture, français, avait écrit, il y a quelques dizaines d'années déjà :
"Le troisième millénaire sera celui de la spiritualité ou ne sera pas."
François BOUTEILLE
Coaching et médiation