Aparté n°20, mars 2001
Est-il nécessaire de rappeler que notre environnement socio-économique se caractérise avant tout par son évolution constante et de plus en plus difficile à prévoir sur le moyen et le long terme.
Chacun et chaque groupe doit alors développer cette faculté qui rappelle l'homme à sa spécificité : sa capacité d'adaptabilité.
Cela dit, vous conviendrez que de l'adaptabilité à l'innovation il n'y a qu'un pas que je vous invite à franchir.
Et qui dit innovation, j'y viens enfin, dit capacité à créer.
La créativité : Terme longtemps réservé au domaine artistique, voire architectural, il a, depuis quelques années déjà, envahit la sphère managériale.
Plus que de recenser ici les outils méthodologiques que tout responsable bien né connaît, j'aimerais revenir sur les conditions même de la créativité.
Il me semble bon de rappeler avant tout que le porteur de la créativité au sein de l'entreprise, son instigateur et son grand prêtre c'est bien le manager lui-même.
Il se doit en effet d'être à la fois innovant et créatif.
Il conviendra ensuite qu'il transforme cette imagination en processus, voire en procédures pour la transmettre, la capitaliser, en opérant ainsi de façon systématique et rationnelle.
Dans notre culture et notre éducation, une confrontation oppose d'ailleurs souvent innovation et rationalisme. Au point que des études scientifiques ont tenté de démontrer que certains individus développaient un profil créatif alors que d'autres étaient qualifiés d'intelligents (quotient intellectuel).
En réalité, tout homme est créatif et là est l'essentiel.
Je reste persuadé que la meilleure manière de favoriser l'innovation dans une entreprise et dans chacun de ses services est bien de constituer des équipes équilibrées où les caractères se complètent dans une saine émulation.
C'est également là la mission du manager que de favoriser ces équipes créatives en renforçant un management individualisé.
Identifier les capacités transversales développées par chaque collaborateur et les valoriser (but essentiel des entretiens annuels) conduit à optimiser les ressources créatives de l'entreprise.
Aussi, peut-on dire que les conditions de la créativité ne se fondent pas sur une logique de l'affrontement mais bien de l'harmonisation.
Quand j'entends certains affirmer que le management est principalement un acte de gestion, je suis inquiet pour la santé de l'entreprise, surtout quand l'activité économique doit répondre aux transformations de notre monde voire les anticiper.
La créativité naît de la pensée. Et comme si laisser divaguer librement cette dernière présentait un danger, nous affirmons qu'elle appartient à la raison. Il est donc bon de rappeler quelques vérités :
- La pensée n'est pas l'intelligence. Par contre, l'intelligence sans pensée ne sert à rien.
- La pensée n'est pas fonction de l'éducation.
- La pensée n'est pas une accumulation d'informations.
- La pensée n'est pas seulement l'œuvre du raisonnement.
- La pensée ne s'oppose pas à l'action.
Pour développer sa capacité de créativité, il faut donc avant tout accepter de:
- S'arrêter.
- Observer.
- Ecouter.
- Ne pas juger hâtivement.
L'intuition et la place qui lui est réservée contribue aussi au processus de créativité. Visiteuse de notre inconscient, l'intuition nous informe d'une chose et surtout d'où elle vient et où elle va. C'est ainsi un indicateur à concilier avec les procédures plus rationnelles auxquelles nous sommes accoutumés dans l'entreprise.
Autre condition favorable, la confiance. Pour conduire un groupe et les individus qui le composent vers une dynamique créative, il faut contribuer à développer un sentiment de sécurité psychologique.
Autrement dit, comment imaginer l'ombre d'une seconde qu'un collaborateur prendra le risque de créer si les conditions suivantes ne sont pas remplies :
- Enoncé d'objectifs et de lignes de conduite clairement définis.
- Conviction d'être soutenu dans les difficultés rencontrées.
- Possession d'un sentiment d'appartenance fort à la structure.
- Assurance d'encouragements et de félicitations.
Et tout ceci commence bien entendu par le manager lui-même.
Pour terminer ce bref aperçu, il conviendra de préciser que pour développer toute son efficacité, un processus de créativité doit intégrer les moyens de son évaluation.
Cette dernière devra être entreprise dans le même climat que celui qui confère à l'expression de la créativité, je veux parler de la bienveillance.
La manière la plus facile de mettre en œuvre cette phase d'évaluation consistera, pour chaque idée émise, à en identifier les aspects positifs, négatifs et intéressants.
A la fin de cette opération, la solution retenue devrait être ainsi originale, séduisante et réalisable mais surtout efficace et encourageante.
François BOUTEILLE
Coaching et médiation