Aparté n°19, janvier 2001
Communiquer avec autrui est essentiel à notre équilibre psychique et à notre développement personnel.
Depuis fort longtemps déjà, des chercheurs et des philosophes ont su nous démontrer que l'isolement, l'absence de relations donc de communication conduisent très rapidement l'homme à la folie voire à la mort.
Par ailleurs, on distingue deux types de communication étroitement imbriquées : La communication verbale et la communication non verbale.
J'aimerais justement aujourd'hui vous entretenir durant quelques instants de cette première et surtout de ce qui l'illustre et lui donne existence, je veux parler de la parole.
Quelle place l'entreprise lui réserve-t-elle aujourd'hui ?
Car il s'agit certainement du plus naturel, du plus fréquent et du plus efficace des outils de communication dont chacun d'entre nous dispose normalement.
Et comme toutes ces situations qui nous sont suffisamment proches et quotidiennes, nous manquons souvent de recul à son égard pour l'aborder dans toute son ampleur.
L'outil majeur de communication dont dispose l'entreprise est donc bien la parole de l'ensemble de ses collaborateurs.
Cette parole peut être multiforme, porteuse d'objectivité comme de subjectivité, réactionnelle comme coopérative, négative comme positive, compréhensible comme hermétique,…
Se pose alors la question pour l'entreprise de savoir comment la gérer pour la valoriser au mieux et ainsi en obtenir l'efficacité optimale.
Bien sur, il existe déjà des circonstances et des entités où elle trouve place comme, par exemple, les entretiens individuels, l'expression syndicale, les réunions, les rencontres informelles.
Il convient pourtant de constater que ces moments de prise de parole sont souvent fortement finalisés, voire, risqués. Ceci est bien évidemment entendable, compte tenu des principes même de finalités et d'enjeux de l'entreprise.
Se pose alors la question de savoir si cette parole, "expression du vivant", dispose bien de toutes les conditions nécessaires pour son expression et son épanouissement.
Depuis des années déjà, il est convenu, en particulier en structures hospitalières, qu'il y a une nécessité impérieuse à ménager pour chacun des collaborateurs des temps de parole structurés.
Cet outil au service du "dire" s'appelle "groupe de parole".
Si la pénibilité du travail est souvent rappelée comme justifiant une telle initiative, je n'hésite pas à affirmer que c'est l'esprit d'entreprise en plein développement dans ces structures qui les a conduites justement à initier ce type de démarche.
Ainsi, à la différence d'autres initiatives internes, le groupe de parole s'appuie sur l'institution entreprise. Il ne s'oppose pas de l'intérieur. Il n'essaye pas de créer une structure dominante où d'autres règles auraient cours.
Il ne veut pas mettre en place une autre structure, ni une autre institution.
Son objectif est d'amener les participants sur le terrain de la parole en toute subjectivité qui pourrait la caractériser éventuellement.
Pour autant, des conditions matérielles existent. La parole doit être "cantonnée".
Le groupe de parole est le creuset reconnu et institué de la parole car il définit le cadre et les limites de son espace.
L'animation doit être confiée à un leader dont la première qualité sera de savoir écouter afin de réguler, d'accompagner et de donner vie à cette parole.
Pouvoir dire, pouvoir être écouté, simplement, au sein d'un groupe, n'est ce pas le gage d'une reconnaissance indispensable que revendique tout homme.
Et de là à convenir que cette reconnaissance est le moteur principal de la motivation, il n'y a qu'un pas que je vous invite à franchir.
Enfin, n'oublions pas que c'est au cœur de la parole que le silence trouve tout son sens, nulle part ailleurs.
François BOUTEILLE
Coaching et médiation