- Aparté n°17, octobre 2000
J'ai souvent pu constater combien la confusion était facile à faire entre communiquer et informer.
Il n'est pour autant pas question de mettre en opposition ces deux termes mais bien de considérer ce qui les spécifie.
Je me suis alors rendu compte à quel point notre sensorialité pouvait nous aider à opérer cette distinction.
N'est-il pas vrai que nous communiquons au travers et grâce à nos cinq sens. Certains d'ailleurs en sont tellement convaincus qu'ils nous en attribuent d'autres encore !
Je vous propose donc de prendre quelques minutes pour tenter de clarifier ainsi ce qui relève bien de la communication (mettre en commun ?) et ce qui délimite le champ de l'information (mettre au courant ?).
Je vous précise enfin, aussi surprenant que cela puisse paraître, que les définitions rapportées ici pour chaque verbe sont directement extraites du "petit robert".
Informer pourrait se traduire ainsi :
- Entendre : en captant un bruit, une parole.
- Regarder : en dirigeant ses yeux, en portant sa vue.
- Sentir : en percevant, en constatant une odeur.
- Dire : en prononçant des phrases.
- Toucher : en entrant légèrement en contact.
Communiquer pourrait, quant à lui, se caractériser par :
- Ecouter : en tenant compte des paroles, de la volonté et des désirs d'autrui.
- Observer : en considérant l'autre avec attention.
- Respirer : en adressant à ce "différent" une parole pour en recevoir en contrepartie une de sa part.
- Echanger : en se manifestant vivement et avec impatience auprès de son interlocuteur.
- Ausculter : en identifiant les dysfonctionnements pour les supprimer.
On voit alors par ce biais, combien la communication se fonde sur l'autre, sur le récepteur, à la grande différence de l'information qui résulte de l'émetteur avant tout.
C'est la relation qui est en jeu et la prise en compte de chaque protagoniste.
Dans le cas de l'information, l'émetteur dispose des éléments et les transmet à son interlocuteur de manière quasi univoque. Il n'y a pas de partage mais bien un acte qui permet de conforter l'émetteur dans une relation de pouvoir à l'égard du récepteur. Au risque de l'évidence, ce dernier se voit bel et bien confiné dans une situation de subordination.
Le récepteur existe pour l'essentiel, parce que l'émetteur veut bien lui transmettre cette information.
Et cela est vrai la plupart du temps dans notre rapport quotidien à l'information, souvent à notre insu, que ce soit dans l'entreprise comme dans les situations qui en sont les plus éloignées.
La grande différence dans la communication, et tel que cherche à le définir cette approche sensorielle, est bien de placer les protagonistes comme co-acteurs d'une situation d'échange. Il n'y a plus de relation de dominant à dominé. Ce qui peut générer, il est vrai, un risque de vulnérabilité accru chez chacun, la sécurité induite par la maîtrise du pouvoir ne pouvant plus s'exprimer.
Pour être encore plus précis, vous l'avez bien compris, cet échange que génère la communication crée un processus de reconnaissance réciproque et donc valorisant.
Je suis convaincu que c'est à cette condition seulement que les comportements que recherchent nos entreprises accepteront de voir le jour : motivation, coopération, adaptation, apprentissage permanent, prise d'initiatives, responsabilisation, résolution de problèmes, goût pour le progrès, stabilité, intégrité et …communication!
Cela me conduit à rappeler enfin combien le développement personnel devient désormais le partenaire de choix du développement professionnel.
Alors, sans hésiter, passons définitivement de l'ère de l'information à celle de la communication.
François BOUTEILLE
Coaching et médiation