Aparté n°11, Avril 2000
Au cours des dernières décennies qui viennent de s'écouler, la plupart des entreprises ont essayé de préserver leurs facultés de communication même dans les pires difficultés qu'elles rencontraient.
C'est ce que certains ont fini par appeler "la communication de crise".
Il s'agissait principalement, en usant de propos rassurants, de préserver le capital confiance.
Depuis quelques mois maintenant, la plupart des secteurs de l'économie a redémarré. Parfois le chiffre d'affaire s'envole littéralement. Et l'on constate même que les carnets de commande se regarnissent pour plusieurs mois.
Dans le même temps pourtant, le niveau d'exigence des clients se poursuit tout aussi rapidement, suggérant des capacités sans cesse accrues d'amélioration de la réactivité et de la qualité, de gains et d'économies diverses et variées.
Et dans ce nouveau contexte qui devrait réjouir l'ensemble des acteurs apparaît un problème crucial auquel peu de spécialistes avaient, semble-t-il, songé : la pénurie de plus en plus grave de personnels qualifiés.
Evidemment, se pose tout de suite la question des solutions à mettre en œuvre pour débusquer ces nouveaux collaborateurs. Les moyens habituels montrant très vite leurs limites, on voit s'organiser de véritables "chasses à l'homme". C'est à qui réussira à débaucher tel ou tel salarié chez ses concurrents directs.
Mais est il vraiment raisonnable et judicieux d'envisager une stratégie à terme fondée presque uniquement sur des actes de survie ?
Nous découvrons ainsi avec horreur que pour faire vivre cette croissance nous risquons de manquer de main d'œuvre.
Et ce n'est pas d'ici deux ans qu'il faudra avoir trouvé une solution, c'est dans les mois qui viennent au risque de perdre de nouveaux marchés.
Il faut tout d'abord essayer de bien comprendre les raisons de cet état de fait pour le moins paradoxal :
- Difficulté de l'emploi à anticiper et à s'adapter aux évolutions des marchés. Trente ans de crise ne nous ont apparemment pas suffi pour faire évoluer les comportements. Les discours bannissant les filières techniques sont encore trop fréquemment tenus dans les familles comme dans les structures scolaires. Pire, ignorant ces emplois de techniciens, on ne jure que par les nouvelles technologies avec ce fantastique miroir aux alouettes qu'elles présentent pour les jeunes (immédiateté, rémunération élevée, souplesse de travail, individualisme, promotion rapide,…).
- Démobilisation d'une partie non négligeable de la population active au chômage vis à vis du travail. Trop d'illusions perdues et de temps gâché pour croire à cette nouvelle embellie.
- Et puis, il faut avoir le courage de le reconnaître, des modèles managériaux parfois insuffisamment porteurs de sens et quelque peu éloignés des modes de relations attendus par les salariés aujourd'hui.
Il convient donc de mettre en œuvre au plus vite une nouvelle stratégie de communication de crise!
Il s'agira alors de poser les bonnes questions pour apporter des réponses aussi concrètes, rapides qu'efficaces.
Quels sont les secteurs les plus en difficultés actuellement ? Il apparaît en effet que certains de ces secteurs annoncent déjà des délais de fabrication incompatibles avec les exigences de leurs clients. Il y a mise en péril de leur croissance. Il faut donc les recenser au plus vite et avec précision.
A qui s'adresser ? A-t-on le temps de confier uniquement ce travail aux habituelles structures en charge de réguler l'offre et la demande d'emploi ? Même si le temps disponible manque déjà, ne devons nous pas admettre qu'il s'agit bien là d'une situation dans le genre "grande cause nationale" qui appelle à la mobilisation de tous les décideurs.
Allons nous devoir réutiliser les méthodes archaïques des années 50 ?
Pour faire passer quels messages ? Ou comment atteindre avec rapidité et efficacité les publics ciblés ? Comment saurons nous leur démontrer que nous souhaitons instaurer des relations gagnant/gagnant ? En somme, comment allons nous les motiver, changer la représentation qu'ils se font des emplois que nous leur proposons ? Comment allons nous leur donner à nouveau envie de croire suffisamment en l'avenir pour s'y projeter ? Sur quoi allons nous fonder notre crédibilité à l'égard de nos futurs collaborateurs ?
De quelle manière ? Il convient de rappeler qu'un acte de communication n'a des chances de porter ses fruits que si il s'inscrit dans une relation durable. Arrêtons ces campagnes d'informations à grands renforts de moyens qui, aussitôt qu'elles sont terminées, sont oubliées. Mettons en œuvre une communication à dimension humaine, une communication de proximité. Imaginons des actions de terrain qui sensibilisent et associent la population concernée sur nos bassins d'emploi.
C'est aujourd'hui à nous, chefs d'entreprises, d'imaginer et de mettre en œuvre les nouveaux moyens de la communication avec nos futurs collaborateurs.
Trois maîtres mots devront caractériser les actions de promotion de nos activités que nous allons ainsi entreprendre ensemble :
Mobiliser, convaincre, motiver.
C'est à ces conditions que nous pourrons conjuguer croissance et nouvelles compétences.
François BOUTEILLE
Coaching et médiation