Pourquoi communique-t-on avec l'autre?
Grégory BATESON, anthropologue et psychologue, l'explique à sa manière par cette formule : "On ne peut pas ne pas communiquer". Prenons en effet l'exemple extrême d'un individu replié sur lui-même et muet, inaccessible de son fait à toutes sollicitations. Et bien cet homme exprime, nous communique malgré tout, par ce comportement, son refus de communiquer. Il apparaît ainsi que nous devons notre salut à l'autre, singulier autant que pluriel, parce qu'il nous est essentiel pour que nous existions.
Différents travaux tendent à démontrer que d'isoler un individu de ses congénères ou qu'il s'isole, le conduit à la déstructuration, voire, à l'extrême, à la mort. Le rapport à l'autre, par le truchement de mises en jeu répétées, va ainsi nous permettre d'identifier et de qualifier ce que nous sommes existentiellement autant que ce qu'est notre juste place sur le plan social. Et la communication, en se nourrissant d'une multitude d'informations de nature diverse, dont nous comme notre environnement sommes dépositaires, va nous permettre de générer et d'entretenir cette indispensable relation aux autres.
Les différents modèles de communication
Compte tenu des constats de départ rappelés au début de ce propos, je me limiterai ici à une rapide approche de ce qu'est la communication interpersonnelle, la communication de masse (un individu en relation avec un groupe) relevant d'autres spécificités. Les modèles ne manquent pas pour tenter de la décrire. Pour SHANNON et WEAVER, elle est réduite à la simple transmission d'un message. Pour LASSWELL elle est le résultat d'un questionnement pluriel : Qui ? Dit quoi ? Par quel canal ? A qui ? Avec quels effets ? Pour JAKOBSON, elle est constituée de six facteurs à entendre comme autant de conditions à réunir : existence d'un destinateur, d'un message, d'un destinataire, d'un contexte, d'un code et d'un contact.
Les thèses sont ainsi nombreuses et démontrent toute la difficulté déjà pour définir la communication. On peut plus généralement retenir que pour exister, elle doit finalement et surtout, simultanément, prendre en compte tout ce qui se passe lorsque deux individus entrent en interaction, que cela relève de l'inné ou de l'acquis (des apprentissages), de la raison ou de l'affectif, du verbal ou du non verbal, du conscient ou de l'inconscient. Il s'agit en somme d'un véritable processus social permanent plutôt que d'une seule procédure formalisée.
Résumer alors la communication à une simple transmission d'informations paraît simpliste puisque nous constatons dans les faits qu'un même processus communicationnel, compte tenu de ce qui le constitue, peut générer simultanément différents niveaux de sens en fonction du choix des mots utilisés, du ton de la voix, de l'expression du visage, de la posture du corps, de l'appartenance sociale, etc….et ce, en fonction de surcroît de l'émetteur comme du récepteur !
La place de la communication non verbale
Les travaux scientifiques qui cherchent à en éclaircir la nature sont relativement récents. Cela est d'autant plus étonnant qu'un chercheur comme Albert MEHRABIAN a établi qu'en situation de communication interpersonnelle, la part du non verbal est de 55% et grimpe à 93% quand on y intègre le ton de la voix ! Et malgré son impact sur la dimension qualitative de la relation (c'est le vecteur privilégié des sentiments et des émotions), elle n'est généralement définie que par défaut du verbal, ce dernier étant "l'énoncé de mots, généralement regroupés sous forme de phrases, structurées sous la forme de dialogues et dont la signification est communément admise" comme le précis e Jean Claude BENOIT. C'est pourquoi, la communication non verbale est présentée "en creux" comme étant aussi le fait d'envoyer et de recevoir des messages mais justement sans passer par la parole, grâce, entre autres, aux expressions du visage, aux postures du corps, à des gestes, au toucher, des rituels, des divers bruits, etc…. Les choix estimentaires, les accessoires, la coiffure, le maquillage, le parfum font également partie de la communication non verbale puisqu'ils nous permettent de donner une certaine image de nous.
Ceci étant, communication verbale et non verbale sont indissociables tels que l'affirment les partisans de la "nouvelle communication" (communication globale) dont l'instigateur est Yves WINKIN. La preuve en est les carences que l'on peut noter et les incidents relationnels fréquents qui peuvent en résulter lorsque la communication se limite au verbal comme c'est le cas sur Internet, même en utilisant une webcam. Gary et Judith OLSON ont démontré combien les nouvelles technologies de l'information brouillaient certaines conventions relatives aux relations réelles, faute d'une place suffisante laissée à la communication non verbale.
Les communications non verbales
Ce que l'on sait moins encore, c'est qu'il existe une communication non verbale innée et une communication non verbale acquise. La première est inscrite dans les profondeurs de notre cerveau reptilien. Comme l'a établi DARWIN, repris plus tard par Paul EKMAN, elle conduit à l'emploi d'un code universel que l'on retrouve également dans la gente animale, telles que certaines expressions du visage pour signifier le rire, la haine, la peur, la joie ou la tristesse (le rougissement du visage, le raclement de gorge, le froncement des sourcils, le détournement de tête comme signe de désapprobation, l'accélération du battement des paupières en cas de stress, etc…). Nous les employons en permanence à notre insu (de manière incontrôlée) et elles façonnent pour une part non négligeable l'état de nos relations.
Quant à la seconde, elle est le fruit de notre éducation et de notre culture. Nous l'avons acquise par mimétisme, au fil de notre éducation et le code qui en résulte nous permet, en l'utilisant, d'être, par exemple, socialement reconnu d'autres comme de se reconnaître en eux.
Pour toutes ces raisons, nous comprenons mieux pourquoi nous avons ce sentiment confus que la mise en relation avec autrui relève d'une savante alchimie qui dépasse notre raison et dont nous finissons par être plus les objets que les sujets. Et je crains qu'il soit bien illusoire d'avoir (comme certains le prétendent, par exemple, en PNL), la capacité en toutes circonstances de maitriser un tel processus quand "la relation et l'influence interpersonnelles restent aujourd'hui et, peut être même, resteront toujours de l'ordre du mystère" comme l'affirme Denis BENOIT. Car derrière tout ceci, c'est bien la question du sens qui est posée. Or, le sens que nous donnons aux messages que nous recevons est le résultat d'une interprétation toute symbolique et donc forcément subjective. Que me dit l'autre de sa
pensée, autre que ce que je pense et qui lui appartient alors vraiment ? Vaste sujet sur lequel je vous laisse méditer….
Mais pour ne pas vous laisser sans voix, permettez-moi de vous rappeler trois postures qui, me semble-t-il, pourront vous aider à construire ou à consolider vos relations interpersonnelles :
- Apprendre à mieux se connaître,
- Apprendre à mieux comprendre les autres,
- Faire oeuvre d'humilité, d'intégrité et de tolérance.
François BOUTEILLE
Coaching & médiation