Aparté n°1, février 1999
Créer son entreprise est l’une des dernières aventures humaines de cette fin siècle. Elle demande des qualités multiples, parfois contradictoires.
Véritable marathon, elle conduit malheureusement un nombre trop important de ses héros à l’échec (50% des entreprises créées disparaissent dans les cinq premières années).
Les conséquences en sont souvent lourdes et durables.
Certaines causes sont faciles à identifier. Elles ont fait l’objet de mesures parfois récentes et qu’il convient d’apprécier.
Par contre, d’autres raisons sont ignorées et pourtant leur impact est considérable.
Il en existe une qu’il convient plus particulièrement de souligner. En effet, combien d’entrepreneurs l’ont-ils rencontrée et pourtant, une fois leur entreprise lancée l’ont aussitôt enfouie au plus profond de leur mémoire.
Il s’agit de ces aides à la création d’entreprise et surtout de la période d’éligibilité dont la plupart d’entre elles relèvent.
Au delà du sentiment rassurant que suggère cette intention louable, il réside bien une ambiguïté majeur qu’il convient absolument de lever.
De quel moment parle-t-on ?
S’agit-il des premiers mois d’exercice de la toute nouvelle entreprise ou bien de ce que certains sont conduits à appeler la phase d’anté-création ?
En effet, si un nombre certain d’aides existent une fois l’entreprise créée, il n’en est pas de même au cours de cette période de gestation au combien décisive qui précède le dépôt des statuts.
Il est toutefois légitime de penser que le principe même d’une aide, de quelque nature qu’elle soit, ne puisse être envisagé qu’à la condition en retour de pouvoir présenter des garanties de tangibilité et de crédibilité.
Il n’en demeure pas moins qu’aujourd’hui près de 40% de celles et ceux qui créent une entreprise sont chômeurs. Hors, pour peu qu’il soient indemnisés par elle, l’ASSEDIC et au travers d’elle l’ensemble des composantes socio-économiques concernées, ne reconnaissent pas ce statut que nous qualifierons « d’anté-créateur ».
Au point qu’en certaines régions, des porteurs de projet se sont vus supprimer leur allocation chômage parce qu’ils n’étaient plus considérés comme « en recherche active d’emploi » !
Il n’est pas question ici d’entreprendre une polémique dont il est facile d’imaginer l’issue mais bien de proposer aux pouvoirs publics d’évoluer au titre du droit.
On imagine facilement l’état de tension renforcée que peut générer une telle situation chez ceux qui font preuve déjà d’un réel courage en acceptant de privilégier la mise en œuvre de perspectives hypothétiques avec tous les risques que cela comprend.
Dans un livre blanc paru récemment sur le sujet, ses rédacteurs ( Chefs d’entreprise, journalistes, financiers, juristes,…) insistent plus particulièrement sur cette situation trop souvent oubliée et préjudiciable au développement de l’entrepreneuriat.
Dans la mesure 4, ils préconisent ce qui suit sous l’intitulé « Pour la non exclusivité du statut de l’entrepreneur » :
« L’évolution de notre société et les impératifs liés au marché nous poussent à nous interroger sur le cloisonnement des statuts. Nombreux sont ceux qui, par peur de perdre les avantages de leur statut, ne passent pas de l’idée à l’action d’entreprendre. Pour les y aider, il convient d’autoriser temporairement le cumul des revenus salariés ou des revenus issus de la solidarité avec ceux provenant du statut de travailleur indépendant. »
On voit alors combien l’immédiateté d’une telle mesure contribuerait à créer de nouvelles vocations d’entrepreneurs comme à renforcer la sérénité de ceux qui en ont fait le choix.
François BOUTEILLE
Coaching & médiation