Perte de temps, manque de maîtrise, peur de l'utiliser, l'écriture reste un outil qui souvent pose problème à l'homme. Ceux qui l'utilisent sont alors très vite stigmatisés et font l'objet de qualificatifs à connotation élitiste qui les placent au dessus du commun des mortels. Et pour ne rien simplifier, depuis quelques années, avec en particulier l'avènement du SMS et d'Internet, cette écriture connaît dans sa forme une profonde et troublante évolution, au point d'interroger certains sur ses nouvelles limites, tant du point de vue conceptuel que communicationnel.
Face à ces multiples interrogations et persuadé de son utilité jamais égalée, je voudrais profiter de ces quelques lignes pour convaincre celles et ceux qui ne le seraient pas encore de tous les bienfaits qu'elle peut leur procurer, dès l'instant où ils acceptent de l'utiliser de manière volontaire et courante.
Car il n'y a pas mieux pour lever des craintes que de donner envie.
Origines de l'écriture
Dans l'histoire de l'homme et en l'état actuel des connaissances, l'écriture est présentée souvent comme un événement récent qui remonte à environ 5000 ans avant Jésus Christ.
Il semble qu'elle soit apparue sous diverses formes dans au moins six bassins de civilisation qu'étaient, chronologiquement, la Mésopotamie, l'Egypte, Chypre, la Crète, la Chine et l'Amérique centrale. Ces civilisations avaient en commun de connaître une forte urbanisation tout en ayant acquis une maîtrise de longue date de l'agriculture. Les échanges qui en résultaient relevaient d'une complexité toute particulière sur le plan comptable et contractuel.
Aussi, très rapidement, grâce à l'utilisation, dans un premier temps, de symboles imagés, fut-il plus aisé à ces populations de traiter, de manière équitable, les caractéristiques quantitatives et qualitatives des produits et services échangés.
Certains indices laissent toutefois à penser que cette écriture normée trouve son ancrage dans des pratiques archaïques beaucoup plus anciennes puisque remontant au début du néolithique. Mais, faute justement d'écrits explicatifs, cette thèse reste sujette à de nombreux débats entre scientifiques.
Toujours est-il que, très rapidement, du fait de l'utilité sociétale qui lui est très probablement reconnue, elle développe sa technicité au point de lui permettre de traduire graphiquement toute pensée ou la parole qui en résulte avec une redoutable précision.
Et il est notoire de constater qu'à ce stade de mon propos les arguments historiques rapportés ici conservent encore à ce jour toute leur pertinence.
L'écriture, la relation à soi
L'écriture permet déjà d'apprendre à mieux se connaître. Par la distance qu'elle procure à l'écrivant, elle le conduit à découvrir avec plus de précision sa manière de fonctionner.
En faisant déjà silence, elle l'aide à entendre avec une plus grande attention cette voix intérieure qui le fait exister et que pourtant il n'écoute trop souvent plus, au profit de l'anecdotique, du superficiel ou de l'artificiel.
L'écriture va nous permettre, tel le mineur, d'extraire et de coucher sur le papier, en toute autonomie, cette multitude de pépites dont nous sommes constitués et qui font la rareté de notre unicité.
Moment structurant qui relève d'une grande rigueur. La pensée devient authentiquement visible parce que lisible, tel le reflet de notre visage dans le miroir.
L'écriture permet de se poser autant que de mettre à plat ses idées pour les trier ensuite tout en les organisant. Elle architecture ainsi notre pensée.
Outil de gestion sans nul autre pareil, elle tempère nos sentiments et nos émotions au profit d'une lecture plus précise de ce que nous sommes véritablement et donc, en retour, des actions que nous souhaitons judicieusement mettre en œuvre, à notre image.
L'écriture, la relation aux autres
L'écriture permet de mieux communiquer avec les autres, c'est à dire de gagner en humanité par une meilleure compréhension.
Elle renforce le poids du propos tenu et des arguments présentés tout autant qu'elle assure le recueil le plus fidèle possible des informations, avis, propositions et remarques dont nous disposons dans notre environnement pour les valoriser ensuite. Elle nous invite ainsi à mieux connaître, reconnaître et respecter celles et ceux avec qui nous souhaitons échanger et surtout construire un existant. L'écriture devient alors l'outil culturel et politique majeur qui caractérise chaque communauté de vie, de la plus intime à la plus instituée, par son pouvoir de régulation.
L'écriture, relation au temps et à l'espace
Civilisation de l'instant, nous oublions que nous ne sommes qu'illusion sans passé et avenir. L'écriture permet de donner alors tout son corps à l'histoire, tel un chemin marqué par les empreintes de ceux qui nous ont précédés, hors l'oubli dans lequel nous risquons de l'installer autrement.
Elle façonne durablement la mémoire et évite trop de dérives sociétales graves telles que le négationnisme, l'amnésie collective et donc les erreurs répétées, poisons nés de l'ignorance. Terrain d'aventures auxquelles elle nous invite, mot après mot, phrase après phrase, elle réveille en nous et met en conscience imagination et créativité. Sans risque que nous nous perdions dans les méandres des situations complexes de plus en plus nombreuses que notre pensée rencontre. C'est ainsi qu'avec l'écriture nous arrivons à vivre l'instant plus intensément.
L'écriture, relation à ce qui est
L'écriture invite à considérer sans évitement ce qui est, qu'il s'agisse de notre réalité quotidienne ou de nos rêves les plus fous. Elle contribue à mieux nous situer face au bonheur comme de faire face aux épreuves, aux conflits, à la souffrance comme à la mort. Grâce à elle, nous pouvons ainsi franchir avec plus d'aisance les obstacles de la vie qui se présentent à nous en prenant la distance nécessaire pour mieux les prendre à bras le corps ensuite.
Par cet exercice tout à la fois du corps et de l'esprit, l'écriture, parole intérieure qui par le geste s'extériorise et prend forme, renforce tout ce à quoi elle touche, du plus spirituel au plus matériel. Alliage en fusion aux multiples usages, elle réunit ce qui est dispersé et renforce la structure au profit du plus grand nombre. Alors, sans hésiter à présent, écrivez !
François BOUTEILLE
Coaching & médiation
Bibliographie :
Ecrire, un plaisir à la portée de tous – Faly STACHAK – Eyrolles
Trouver le mot juste – Paul ROUAIX – Livre de poche
La méthode facile pour écrire pro – Christophe CACHERA – Editions Cachera
Mes secrets d'écrivain – Elizabeth GEORGE – Presse de la cité
Ecrire à clichés fermés – Pascal PERRAT – CFPJ Editions
bonjour,
Juste un ou deux petits commentaires à ce texte intéressant.
L'écrit, dans la relation aux autres, a besoin du maximum de précisions dans la formulation, pour éviter toute ambiguïté. Celui qui écrit sait parfaitement ce qu'il veut dire, mais souvent il synthétise trop, zappe des éléments, évidents pour lui, mais pas forcément clairs pour le lecteur ; il est donc nécessaire pour moi d'être explicatif au maximum, de se relire "à tête reposée" pour voir si tout est clair.
Je mets un bémol à l'écrit : que ce soit dans les livres, mais surtout maintenant sur internet, tout un chacun peut écrire n'importe quoi, sans que la véracité des propos soit confirmée... d'où de vraies dérives !
à bientôt, amitiés
M.C.P.
Rédigé par : M.C.P. | 28 novembre 2010 à 16:14
Salut François et MCP ci-dessus,
Cela montre qu'il existe plusieurs types d'écriture: l'expression personnelle, la poésie, la littérature n'ont pas grand chose à voir avec l'écriture technique ou informative qui demandent une certaine "vérité". Toujours très relative d'ailleurs. Nous vivons une période, me semble t'il, ou l'accès à l'écriture et à un possible lectorat n'a jamais été aussi facile, notamment grâce aux blogs. En ce qui me concerne, je note que le fait de tenir un blog a effectivement un effet très positif sur la mise en forme et l'approfondissement de réflexions, d'interrogations ou de convictions qui autrement restent assez nébuleux.
A bientôt
=Vincent=
Rédigé par : Vincent Verschoore | 29 novembre 2010 à 11:18
Bonjour François,
Comme d’habitude, tes propos (ton texte) sont de grandes qualités et m’incite a prendre la plume, pour fixer sur le papier ce que je peine a exprimer oralement, a structurer ce que je veux réaliser, ou arrêter mes sentiments et mes souhaits de l’instant.
Mais rien n’est simple. La paresse, cette grande copine qui ne me lâche pas, mais surtout la peur d'une vérité qui pourrait naitre sur la feuille blanche, ou la révélation de l’inanité de mes propos me paralyse souvent. Sans aucun doute tu as pourtant raison et nous avons tous a gagner , a tout coucher sur le papier , ce miroir qui fixe a jamais ce que nous sommes , même si le plus souvent ce n’est seulement que sous l’apparence de ce que nous voudrions être.
Bien amicalement.
R.B.
Rédigé par : R.B. | 29 novembre 2010 à 15:52
Bonjour François,
Juste une petite réaction par rapport à ta lettre : Son contenu [cf l'écriture] ne s'applique t-il pas intégralement à toute forme d'expression ? n'en va t il pas aussi de même pour la danse, la peinture, la musique, etc ... ?
Amicalement
F.P.
Rédigé par : F.P. | 30 novembre 2010 à 13:44
Bravo et merci pour ce beau texte qui donne envie de reprendre la plume (encore que pour moi, l’écriture soit devenue indiscociable de l’ordinateur qui me permet de mieux organiser mes idées, revenir en arrière, compléter etc...).
C.D.
Rédigé par : C.D. | 30 novembre 2010 à 15:00
Bonjour François,
Ah ! quel bonheur de lire cet exemplaire d’aparté, pour moi qui suis, indéniablement et indécrottablement (!) un homme de l’écrit, à défaut d’être un homme d’écriture.
Avant même l’Internet, et autres SMS il y avait déjà eu le téléphone qui a vu le naufrage de l’écriture pour des générations entières ! L’argument : « c’est pratique, c’est rapide, et puis c’est sympa d’entendre la voix » ne tient pas !
Verba volent, scripta manent…Le plaisir de lire, relire et lire encore ce mot de l’être aimé, de l’ami éloigné. Ecrire, c’est, comme tu nous le dis fort justement, commencer par penser, à elle, à lui, puis se mettre en résonance avec le destinataire, structurer sa pensée, créer, imaginer, rêver, bref tout cela avant même d’avoir saisi son stylo.
Quand Madame de Gaulle est morte, une de ses amies a dit : « c’est une personne qui écrivait ».
C’est vrai qu’il y a dans notre société, les personnes qui écrivent (de moins en moins) et celles qui n’écrivent pas (de plus en plus) et que cela peut créer un critère de classification un brin élitiste. En effet pour écrire, il ne suffit pas d’avoir envie d’écrire, encore faut-il également maîtriser l’orthographe. Et là…tout le monde n’est pas sur un pied d’égalité !
Bonne journée, merci de nous régaler de tes apartés.
Amitiés,
L.M.P.
Rédigé par : L.M.P. | 01 décembre 2010 à 15:41
Cher François,
Je viens de lire rapidement il est vrai tes commentaires sur l'écriture.J'ai eu à la pratiquer dans le cadre de mon travail et j'ai constaté que c'est un outil bien difficile à manier. Il faut en premier lieu en posséder les techniques et c'est là que l'on s'aperçoit que nous avons appris peu de chose au cours des études secondaires. un prof que j'ai rencontré au cours d'une formation m'avait fait progresser en me faisant établir des listes de mots. C'est fou ce que cela enrichit notre vocabulaire.
Je t'embrasse.
C.B.
Rédigé par : C.B. | 12 juin 2011 à 10:30