Nous sommes tous des objets sociaux. Nous avons en effet un besoin vital des autres pour exister et surtout pour nous développer.
Pour s'en convaincre, il suffit de reprendre les travaux de Boris CYRULNIK, neuropsychiatre de renom qui a entre autre développé le concept de résilience (renaître de sa souffrance). Il a constaté que l'isolement sensoriel dans lequel se retrouve un enfant qui perd sa mère et ne trouve aucun substitut dans sa famille ou sa culture ralentit la création de nouveaux circuits cérébraux. Cette carence peut même mener à l’atrophie de la région fronto-limbique du cerveau.
L’observation au scanner des cerveaux de jeunes orphelins abandonnés et privés de toute affection a en effet montré que cette zone cérébrale, responsable des émotions et de la mémoire, avait littéralement "fondu".
Lorsque ces enfants ont été confiés à des familles d’accueil généreuses, leur cerveau a retrouvé sa taille normale un an plus tard. Les enfants avaient également récupéré un niveau intellectuel normal et s’intégraient bien socialement.
Survivre en groupe ou s'épanouir en équipe
L'appartenance à un groupe suffit-elle pour s'épanouir pleinement ? En quoi le passage d'une vie de groupe à un esprit d'équipe est-il favorable à chacun de ses membres ? En quoi cette réalité d'équipe va-t-elle favoriser l'état qualitatif de ce qu'elle produit ?
Qu'il s'agisse d'une réunion d'amis, des adhérents d'une association ou de salariés travaillant au sein d'un même service, chacun a pu constater combien les résultats obtenus et leur résonnance individuelle variaient selon la qualité de ce qui était engagé et donc ensuite vécu.
En somme, qu'est-ce qu'une équipe a de plus qu'un groupe ?
Le groupe objet
Parlons déjà du groupe. Le Larousse en donne une définition laconique et finalement assez vague : " Ensemble de choses, d'animaux ou de personnes, formant un tout et définis par une caractéristique commune : groupe ethnique. Le groupe des moyens et le groupe des forts."
Il s'agit donc avant tout d'une collection d'individualités qui se forme presque spontanément, pour un temps donné, parfois à ses dépends-même, tels des élèves regroupés dans une classe.
Il est ainsi généralement le résultat d'une contrainte externe ou d'un particularisme de nature principalement identitaire (groupe ethnique).
Un groupe existe donc par nécessité au vu d'autres groupes. Dire qu'il est animé par des volontés propres et partagées par celles et ceux qui le composent, hors le fait de se distinguer de son environnement, serait lui prêter des finalités qu'il n'a généralement pas.
Il résulte donc pour l'essentiel d'un principe de nécessités contraintes touchant des individualités dans un même espace-temps.
L'esprit d'équipe
L'équipe est, me semble-t-il, une représentation supérieure du groupe parce qu'elle se caractérise plus par une volonté commune d'amélioration, d'optimisation, que par une simple reconnaissance existentielle.
Le groupe est enfermant, en position défensive, protectionniste et conservatrice, en retrait de son environnement dont il cherche à se distinguer.
L'équipe, au contraire, est délibérément ouverte sur son environnement dans la posture offensive de l'acteur de changement au cœur de celui-ci. De plus est, chacun de ses membres contribue à développer un processus de coopération solidaire avec ses coreligionnaires.
Si le groupe résulte presque d'une réaction implicite, l'équipe est le fruit d'une construction pensée et particulièrement élaborée, fondée sur l'intime conviction que 1+1 n'est pas égal à 2 mais à 3, voire plus encore. Autrement dit, que la réunion des ressources selon certaines conditions est supérieure à leur simple addition.
L'exemple immédiat qui me vient à l'esprit est la comparaison que nous avons pu faire entre l'équipe de France de football au dernier mondial et celle de natation lors des championnats d'Europe. Les résultats respectivement obtenus parlent d'eux-mêmes.
De la chrysalide au papillon
Alors, puisque la destinée d'une équipe et ce qu'elle obtient en retour est autrement plus probant que de se limiter à une vie en groupe, quels sont les ingrédients à réunir ?
- L'équipe est portée par un système de valeurs partagées
Je reviens inlassablement sur ce thème parce qu'il apporte l'assurance que chacun utilise une grille de lecture commune, gage de cohésion. La critique constructive est préférée au jugement hâtif.
De plus, chacun s'emploie à mettre en œuvre toutes les conditions d'une communication performante et d'un climat social agréable à vivre.
- L'équipe est portée par le sens
Ses membres arrêtent de manière consensuelle et clairement définie les objectifs à atteindre autant qu'ils prennent ensuite le temps d'analyser ensemble les résultats obtenus.
Chacun connaît son rôle et les moyens réalistes dont il dispose.
Les compétences et les capacités des uns et des autres sont connues, reconnues et valorisées dans le cadre d'une synergie délibérément collaborative.
L'autonomie personnelle et la prise de responsabilité dont tous font preuve sont indispensables, fruits d'un management circonstancié.
- L'équipe est portée par un chef reconnu
Loin de s'autoproclamer, le dirigeant est reconnu pour son charisme, c'est-à-dire pour sa capacité toute particulière à être exemplaire autant qu'efficace. Autrement dit, il met en actes les valeurs évoquées plus haut, au service des objectifs collégialement arrêtés.
Il tire uniquement son autorité temporelle de cette posture consistant à mobiliser chacun pour en obtenir le meilleur (et non le maximum) et ce, dans un souci permanent de respect et d'équité.
Il trouve sa légitimité dans sa capacité toute particulière à animer autant qu'à développer les sentiments d'appartenance et de fierté à l'équipe.
- L'équipe est portée par une démarche d'amélioration continue
L'adaptabilité de tous aux situations nouvelles, la créativité structurée comme le droit reconnu à l'erreur occupent une place privilégiée comme gages de l'innovation attendue pour qui veut assurément produire de la qualité.
Tout conduit donc à passer de la vie en groupe à l'aventure en équipe. Pour la simple raison déjà et finalement suffisante en soi que, seule elle permet de conjuguer épanouissement personnel et réussite collective.
François BOUTEILLE
Coaching & médiation
Bibliographie :
René MUCHIELLI – Le travail en équipe – ESF Editeur
Richard BREARD – De l'individu à l'équipe – Liaisons
Jean Pierre BRUN - Management d'équipe, 7 leviers pour améliorer bien-être et efficacité au travail – Eyrolles
Florence ALLARD POESI - Management d'équipe – Dunod
Boris CYRULNIK – Mourir de dire : la honte – Odile Jacob
Bonjour François,
C’est exactement ça.
C’est pour cela qu’il me semble important qu’il soit donné à nos enfants l’opportunité de vivre – en dehors du groupe naturel que constitue la famille ou l’école – en équipes, dans des pratiques de différentes nature, comme par exemple le scoutisme ou le rugby, afin qu’ils soient en mesure de mettre le meilleur d’eux-mêmes au service – et au profit – de l’équipe. Et que le chef (le bon chef !) puisse les porter à développer ce qu’il y a de meilleur en eux.
Si le service national est actuellement suspendu, plusieurs dizaines de milliers de jeunes hommes et femmes de notre société choisissent malgré tout de servir volontairement plusieurs semaines par an dans les unités de réserve opérationnelle, ce qui leur donne également une bonne occasion de développer un bon esprit d’équipe.
C’est certainement dans la vie (= la composition, la formation, l’entraînement, la mise en œuvre de missions complexes et délicates) du commando militaire (6 à 8 hommes) que les valeurs qui composent l’esprit d’équipe sont exacerbées avec non seulement la notion de succès impératif, mais également celle de sa propre survie qui passe inévitablement par la survie du groupe, d’où nécessité d’une entraide et d’une solidarité sans faille et de tous les instants.
Curieusement on retrouvera plus rarement l’existence d’un bon esprit d’équipe en entreprise, qu’elle soit du privé ou du public, où c’est bien trop souvent le royaume du petit chef (le mauvais chef), on est alors en plein délit (ou délire) d’abus d’autorité, de gabegie, d’incurie, de jalousie, d’individualisme, et j’en passe…Ce qui induit inévitablement : échec (des missions, et personnel) erreurs, fautes, retards etc. voire, à l’extrême, sabotage du fonctionnement du service ou du déroulement d’une mission !
Amitiés,
L.M.P.
Rédigé par : L.M.P. | 10 octobre 2010 à 15:20
Bonjour François,
Un court moment pour apporter mes commentaires …
Avant la fusion de PE, j’appartenais à l’Assedic et à l’équipe de Direction ASSEDIC suite à ma nomination en tant qu’adjointe en avril 2008, cependant je n’avais pas l’esprit d’équipe (je le dis aujourd’hui avec le recul que j’ai et mon vécu depuis cette date) pour diverses raisons, surtout personnelles et liées à ma propre histoire ; j’avais beaucoup de mal à asseoir ma légitimité de manager (il y a encore du boulot mais je progresse …)
En décembre 2009, PE naît, l’assedic disparait ; je n’avais pas encore pris « l’ampleur » de ma nouvelle fonction que je me retrouve à la tête d’une « nouvelle équipe » composée de nouvelles personnes, qui plus esst, issues d’origine professionnelle et de cultures différentes et sans aucune connaissance du métier de l’autre.
Je ne reviens pas sur les difficultés que vous connaissez je préfère vous dire qu’aujourd’hui je me sens Manager et reconnue en tant que tel au sein de mon Equipe; oui nous sommes une équipe car nous allons tous dans le même sens grâce à un système de valeurs partagées, qu’il est bon de rappeler cependant lorsque je sens des dérives (rien n’est acquis…)
J’essaie de donner du sens à tout ce que je dis et je comprends aujourd’hui la différence entre faire partie d’un groupe ou d’une équipe avec un même esprit.
Je me sens mieux aujourd’hui au sein de mon équipe mixte, placement-indemnisation, qu’au sein de mon ancienne équipe « indemnisation ».
Par contre je n’ai pas le même ressenti au sein de l’eld où je pense que chacun ne partage pas les mêmes valeurs.
Pour conclure, j’ai l’impression d’avoir grandit (intérieurement… physiquement ça se verrait !) et pris de la hauteur grâce à cette équipe que j’ai le plaisir de manager aujourd’hui (il y a longtemps que je n’avais pas utilisé le mot « plaisir » au travail !) même si cette fin d’année et 2011 s’annoncent difficiles.
Merci d’avoir susciter cette réflexion
cordialement
M.N.
Rédigé par : M.N. | 24 novembre 2010 à 19:07