Burn out, qui es-tu ?
La découverte du burn out est toute récente puisque le docteur Loretta BRADLEY, qui en a inventé le nom, est la première, en 1969, à avoir qualifié par ce terme un état de stress spécifique au travail. La notion "d'usure professionnelle" propre au médecin psychiatre Herbert FREUDENBERG, caractérise la spécificité de ce stress, bien loin de la fatigue normale et inhérente à la production d'un effort ou du stress entendu comme une réaction psycho-physiologique-réflexe de l'organisme dans des situations exigeantes parce qu'elles demandent à l'individu de s'adapter rapidement.
Tout stress en effet n'est pas nocif, bien au contraire, puisqu'il conduit une personne, en de nombreuses situations de changement auquel elle est confrontée dans sa vie, à adopter normalement, à chaque fois instinctivement et instantanément, une nouvelle posture qui lui permettra de vivre à nouveau en harmonie avec son environnement.
Le stress devient pourtant nocif quand l'accumulation de divers ingrédients endogènes ou exogènes à l'individu concerné, souvent sibyllins quand ils sont pris isolément, dépasse une limite, variable chez chacun.
En somme, quand un sentiment d'épuisement intense et chronique, de dégradation hors toute possibilité de se régénérer ou de se ressourcer (ne serait-ce qu'en l'envisageant seulement) apparait de manière constante et envahissante.
Les japonais donnent à cet état le nom de "karoshi" qui signifie "mort par la fatigue au travail". Ce stress-poison, de nature malicieuse, peut paradoxalement conduire, dans un premier temps, celui qui en est infecté à une attitude hyperactive mêlée d'hyperémotivité (phases alternées et de plus en plus rapprochées d'euphorie et de colère).
Par l'illusion qu'il entretient, ce comportement en son début rend ainsi le diagnostic plus difficile encore à établir par la personne elle-même comme par son entourage. Pourtant, faute d'attention et de soins, cette personne, quant à elle, tend inexorablement vers cette posture de doute existentiel qui peu à peu la submerge, tel le marin solitaire tombé à l'eau et qui, voyant son bateau s'éloigner se débat pourtant de manière agitée, dans une lutte désespérée jusqu'à l'épuisement. Le drame est en route, incontrôlable, dans une solitude de plus en plus étourdissante et sans issue apparente jusqu'à être avalé par l'abîme.
Burn out d'où viens-tu ?
Les premières observations laissèrent penser que ce syndrome d'épuisement professionnel ne touchait quasi exclusivement que les personnes dont l'activité impliquait un engagement relationnel élevé comme, par exemple, les travailleurs sociaux, les représentants des professions de santé, les enseignants, les éducateurs, les assistantes sociales ou les professions libérales (ça représente déjà pas mal de monde !).
En poussant un peu plus loin leurs investigations, les chercheurs se rendirent en fait compte que ce syndrome apparaissait dès lors que l'individu était confronté à une relation trop fréquente à la douleur et/ou à l'échec. Et plus il gagnait en "humanité" et plus cet individu gagnait en vulnérabilité….
Autrement dit, tel que le rapporte le docteur FREUDENBERG, le burn out intervient quand des personnes très investies dans leur travail voient soudainement s'effondrer leur motivation au profit d'une profonde frustration, fruit d'un écart devenu trop grand entre leur niveau d'implication, leur idéal et les résultats obtenus.
Il est vrai que nous traversons une période particulièrement propice à ce genre de situation. Combien sont ceux des Dirigeants que je rencontre et qui me confient sans gloire l'écart sans cesse croissant entre le nombre d'appels d'offre auxquels ils répondent et le nombre des chantiers qu'ils remportent.
Ce ratio a augmenté ces derniers mois dans de telles proportions qu'il renvoie invariablement mes interlocuteurs à un doute coupable concernant leurs propres compétences comme, plus globalement, le niveau de compétitivité de l'entreprise qu'ils dirigent.
Et je peux constater alors combien le règne des émotions incontrôlables prend le pas sur celui de la raison et de l'analyse critique, mêlant sans nuances des sentiments aussi noirs que ceux de la frustration, de la déception, de la désillusion, de l'impuissance, de la solitude, de la tristesse, de l'anxiété, ….
Burn out, où es-tu ?
Je pense qu'il peut vous être précieux de disposer de quelques indicateurs qui vous permettront, pour vous-même ou l'une des personnes de votre entourage professionnel, de pré-diagnostiquer la probable existence d'un burn out ou de ce qui pourrait le devenir rapidement.
Les premiers symptômes (la phase d'alerte) indiquent un stress qui peut être qualifié d'intense et constant. On peut entre autre noter :
Ø Des troubles digestifs sans raison physiologique apparente,
Ø Des troubles du sommeil nécessitant souvent la prise de somnifères,
Ø Des maux de tête répétés, un mal de dos chronique (d'où l'expression "j'en ai plein le dos"),
Ø Une réduction des défenses immunitaires (rhumes répétés,...),
Ø De l'irritabilité, de l'agressivité, de la colère plus que d'habitude,
Ø Une incapacité croissante à faire face aux tensions,
Ø Des angoisses répétées et leur manifestation (palpitations, mains moites, suées, …).
Ø Une perte d'énergie, le sentiment d'être "vidé",
Ø Passagèrement, une possible hyperactivité,
Le second stade (la phase de résistance) se caractérise par des signes perceptibles traduisant une lassitude extrême comme :
Ø Une fatigue constante contre laquelle rien n'agit (ni le temps du week end ou des congés,…),
Ø Un sentiment d'épuisement total à chaque fin de journée, même en cas d'efforts modérés,
Ø Des troubles importants de la mémoire,
Ø Une appréhension systématiquement cynique, négative d'aborder les sujets à traiter, au détriment de leur analyse critique,
Ø Une difficulté de plus en plus grande à entreprendre ou à terminer un travail courant ou une tache simple avec pourtant une volonté "désespérée" d'y arriver qui génère un temps de plus en plus long passé sur le lieu de travail.
Ø Un sommeil de plus en plus perturbé,
Ø Une perte ou une prise de poids.
Le troisième stade (la phase de rupture) relève de symptômes d'une gravité extrême dont :
Ø Un "total épuisement sur le plan émotionnel et mental" (Hubert Freudenberg)
Ø Le dégoût de son travail, une démotivation complète et sans nuances,
Ø L'incapacité de se rendre sur son lieu de travail,
Ø Une perte complète d'estime de soi,
Ø Un comportement de "robot",
Ø Des pensées morbides.
Ø ….
Burn out es-tu là ?
Si une suspicion apparaît, rien ne remplace, j'en suis personnellement convaincu, une consultation chez un médecin généraliste ou un psychiatre. Car il arrive un temps où l'arrêt de travail est impérieux au risque de sombrer sinon dans une pathologie sévère aux conséquences très lourdes, voire fatales. Je sais ce que suggère à bon nombre d'entre nous une telle perspective, nous renvoyant à une sourde culpabilité qui pourtant n'a pas lieu d'être.
Aussi, l'entourage tient-il en ces moments un rôle de compassion et d'accompagnement essentiel.
Il est possible qu'un suivi psychologique soit nécessaire, de type psychothérapie, aux côtés d'une médication allopathique et/ou homéopathique. Mais tout ceci ne reste bien sûr qu'un simple point de vue que je vous propose, n'ayant pas la qualification indispensable du médecin pour poursuivre plus loin mon propos.
Burn out, comment t'éviter ?
S'extraire d'un burn out est d'une infinie longueur avec toutes les conséquences plus ou moins irrémédiables qui peuvent en résulter (faillite, divorce, invalidité, etc…).
Aussi, tout doit être entrepris pour l'éviter plutôt que d'en guérir. Tous les signes avant-coureurs, qu'ils soient physiques ou psychologiques doivent être connus pour être reconnus. Mais, mieux encore, l'entreprise, pour exister, doit, en toutes circonstances, demeurer, à l'instar de son dirigeant, un lieu d'épanouissement individuel et collectif.
Rien en effet ne peut justifier qu'il en soit autrement, au risque de se laisser emporter par la tempête, corps et biens. Et tels le navire et son équipage, la coque et la mature doivent être robustes (fournitures de qualité, techniques et technologies de pointe éprouvées), la nourriture à bord doit y être bonne (repas équilibrés, pris paisiblement à heures régulières), les quarts et les voiles bien établis (organisation interne bien pensée, innovations), les efforts régulés (compétences nécessaires recensées et effectives), les temps de détente et de repos quotidiens ménagés (respect du rythme chronobiologique, sieste, pauses, week end, vacances, loisirs), les relations humaines aménagées (respect, tolérance, convivialité, échanges).
Mais surtout, le capitaine doit choisir des destinations (des objectifs sensés) porteuses de promesses raisonnables (business de type gagnant/gagnant, commerce équitable), à la fois conformes à ses ambitions (ses rêves), aux performances de son navire (ses limites) et à la motivation de ses matelots (valorisation et reconnaissance individuelle).
En fin de compte, si je puis me permettre ce propos, il conviendrait surtout de revenir au règne du bien être en quittant le culte de la réussite.
A moins que réussir soit entendu comme l'aboutissement de la quête du bien être.
François Bouteille
Coaching & médiation
Bibliographie :
Régulièrement, vous me demandez une bibliographie concernant le sujet abordé. Voici donc les coordonnées de quelques ouvrages qui m'ont aidé dans cette recherche sur le burn out :
Le burn out à l'hôpital – Editeur : Masson – Auteur : P. Canouï
Burn out et traumatismes psychologiques – Editeur : Dunod – Auteur : A.H. Boudoukha
Vaincre l'épuisement professionnel – Editeur : Robert Laffont – Auteur ; S. Peters
Soigner le stress et l'anxiété par soi-même – Editeur : Odile Jacob – Auteur : D. Servant
Bon stress, mauvais stress : mode d'emploi – Editeur : Odile Jacob – Auteur : F. Chapelle
Enfin, l'ANACT (Association Nationale pour l'Amélioration des Conditions de Travail) propose en libre accès sur son site (www.anact.fr) des dossiers thématiques d'une grande pertinence.
Merci François, belle synthèse de la question. Je rajouterais dans la rubrique "prévention": éviter ne n'avoir qu'un seul centre de réalisation de soi (le boulot).
A bientôt!
V.V.
Rédigé par : V.V. | 01 avril 2010 à 10:17
François,
D'accord avec la grande partie de l'analyse mais ...
la compassion n'est pas utile dans ces situations car pleurer avec les gens les renforcent dans leur souffrance ; mais leur tendre la main de manière tonique et affectueuse c'est la vraie solidarité qui aide à s'en sortir.
Pour échapper à la lucidité, ces traumatisés sombrent parfois dans la drogue , l'alcoolisme ou la surmédication .
Oui, le bien-être est une alchimie ! et la vie un parcours initiatique.
R.D.
Rédigé par : R.D. | 01 avril 2010 à 10:20
Bonjour,
Merci pour cet aparté très intéressant et dont le thème m’était inconnu…. Et pourtant si destructeur….
Cordialement,
B.S.
Rédigé par : B.S. | 01 avril 2010 à 11:32
merci pour ton envoi si interessant...
petit commentaire... le stress (seylier) est finalement le niveau
d'adaptation à l'environnement.... l'environnement est si brutal
actuellement que nos facultés d'adaptation sont dépassées..... la
disparition de certaines espèces est l'illustration ultime du burn
out.... pas réjouissant et pourtant..... le risque existe ..... à la
fois ta solution est bonne pour se préserver individuellement et ne
pas sombrer.... mais comment aussi collectivement se mobiliser pour
arrêter certaines dérives qu'on nous présente comme inéluctables
(retour de la fatalité... et de ses victimes expiatoires) comme la
mondialisation ? et la comme tout a chacun ... je suis sec... à plus
M.M.
Rédigé par : M.M. | 01 avril 2010 à 19:44
Cette fois ci j'ai pris un peu de temps pour finir de lire ton article. Cela ce confirme, j'ai bien l'impression
d'être parfois en Burnout et parfois pas.
La fin de ton article est très juste mais difficile à appliquer dans mon cas (je pense cela doit venir de mon
éducation). En tous cas merci pour cette réflexion qui me conforte dans ma façon de voir les choses, encore une fois
je pense que nous avons des valeurs communes...tu cherches pas un associé !!!
C'est pour plaisanter un peu et libérer le stress
A bientôt
P.T.
Rédigé par : M.M. | 01 avril 2010 à 19:46
juste
amitiés
M.C.L.
Rédigé par : M.M. | 01 avril 2010 à 19:46
Bonjour François,
je te remercie de traiter à nouveau un sujet qui nous touche tous, plus ou moins.
Il y a un point que je retiens particulièrement : "plus l'indivdu gagnait en "humanité" et plus il gagnait en vulnérabilité". Quel constat cruel !
Merci encore pour cet espace de réflexion.
J.N.
Rédigé par : J.N. | 02 avril 2010 à 08:01
Bonsoir François
J'ai parcouru avec intérêt ton travail sur le "burn out" qui frappe malheureusement de nombreux de nos concitoyens .
Cependant le phénoméne que tu décris sur ton é-mèl s'apparente plus à ce que les spécialistes de l'ingénierie incendie appellent le " backdraft " soit une combustion lente et incomplète dans un local clos avec une augmentation de la densité des gaz inflammables à cause du manque d'oxygène.
Si un apport d"air neuf se produit de façon soudaine,par quelque façon que ce soit:On assiste alors à un phénomène d'explosion par l' embrasement de cette nappe gazeuze.
Je pense que cette allégorie peut nous conduire à l'actualité de nos banlieues par exemple ou les problèmes continuent à couver inlassablement, malgré les effets d'annonces.
Bien à toi
R.L.
Rédigé par : R.L. | 03 avril 2010 à 18:38
Merci François pour cet éclairage, qui m’apparait, venant de toi, comme un signe tout amical a mon égard.
Ton analyse m’a beaucoup intéressée, et j’ai pu grâce a toi reconnaitre un danger que j’ai oublié, volontairement où non ( ?).
Un grand merci, pour la réanimation de mon attention sur le sujet.
R.B.
Rédigé par : R.B. | 12 avril 2010 à 18:46
salut François,
J'ai eu dans mon bureau, pendant les dernières années de ma vie professionnelle , des personnes qui pourraient correspondre à la description du burn out.
il s'agissait souvent de professionnels occupant des postes assez élevés dans la hiérarchie des emplois de l'entreprise. Souvent des commerciaux à qui on ne laissait aucun répit; des secrétaires de direction à qui l'employeur demandait de faire le travail de trois personnes après en avoir licencié deux. Ce qui m'avait frappé c'est que toutes demandaient la même chose: travailler dans l'humanitaire ou s'occuper d'enfants. Toutes venaient hors horaire du service ( ce qui administrativement me mettait hors la loi) en prenant des précautions pour ne pas être vues. Pour certaines il avait fallu donner des rendez-vous sans autre but que de les obliger à sortir de chez elles, vérifier leur présentation(vêtements, propreté), s'assurer qu'elles avaient osé relever leur courrier. Quand on vous dit que l'être humain n'est pas fait pour le travail et qu'un bon patron est un patr... chut,mais j'arrête là.
J.F.C.
Rédigé par : J.F.C. | 12 avril 2010 à 18:48
Bonjour François,
Les mots justes pour une réalité de plus en plus prenante.
Je suis dedans, je suis dehors...
Merci de cette mise en garde salutaire, qui redonne sens à des valeurs oubliées...
Rédigé par : Alexandre GIROD | 13 avril 2010 à 15:32
Moi j'ai eu un burn out voilà 3 ans. Seul clochaient mes insomnies,mais le travail était OK, adapté à mes capacités disons variables. Je peux vous dire que même si on connaît la cause, c'est très difficile de se remettre. le mental est déstructuré, on devient un grand angoissé, et on a la ribambelle de symptomes décrits. On ne sait pas si on s'en remettra et ça c'est dur. A l'inverse d'un état dépressif, on subit les effets du burn out et il n'y a pas grand chose à faire pour rassurer par rapport à cet incendie intérieur qu'on vit forcément comme un grand traumatisme. Je ne sais que conseiller à ceux qui l'on subi comme moi. Même les psy sont assez démunis. On est victime du tempérament "battant" qu'on a ou d'une trop grande sensibilité. A mon avis, tout passe par l'éducation qu'on donne à ses enfants. c'est à cet âge qu'on peut les rendre cools, les orienter vers des centres d'intérêt qui deviendront des soupapes à l'âge adulte. Trop axer sur la réussite à l'école et le travail est une erreur. Mais on n'évitera jamais tous les problèmes.
Rédigé par : mathilde lesné | 31 janvier 2012 à 18:50