Aparté 108, 23/03/2009
Leader, qui es-tu ?
Peut-on parler de leadership sans parler tout d'abord de leader ? Evidemment non. En effet, le premier, qui relève pour l'essentiel du domaine de la conscience et du comportement qui en résulte, ne peut s'exprimer qu'au travers du second.
Par contre, il est important de préciser que l'on peut parfaitement être leader sans pour autant développer de leadership. Cette nuance me confirme que c'est donc bien de leadership dont il conviendra que nous nous entretenions ici.
Revenons toutefois quelques instants sur ce leader. Il est convenu dans un groupe ou un mouvement comme étant le chef de file, voire le meneur. Sa fonction relève donc d'un état, parfois d'un statut institué, ayant essentiellement pour objet le commandement et donc la prise de décision. Il existe à ce titre des leaders dans des domaines très divers tels que la politique, l'armée, le monde associatif, le sport, la culture ou l'entreprise. "Leader" provient d'un verbe anglais "to lead" qui signifie "mener".
C'est ainsi qu'il est parfaitement concevable de rencontrer un leader qui fasse l'unanimité au sein du groupe autant que son contraire. Là n'est pas la question puisque c'est la fonction d'autorité qui donne avant tout sens à la mission qui lui a été confiée ou dont il s'est doté.
Je serais presque tenté de dire que nommer un leader ou qu'un individu s'autoproclame ainsi relève d'une démarche préalable entreprise dans le cadre d'un processus de conduite de groupe. Du coup, il existe des leaders des plus autocrates aux plus démocrates. R. TANNEBAUM et W.H. SCHMITT proposent une classification qui confirme bien mon propos. Ils identifient 4 grands types de leaders :
- Les leaders autoritaires qui prennent les décisions seuls.
- Les leaders participatifs qui demandent l'avis du groupe avant de prendre leur décision.
- Les leaders "laisser faire" qui ne prennent pas de décision, laissant les membres du groupe faire leurs propres choix.
- Les leaders "situationnels" dont le mode de gestion varie en fonction des circonstances.
Leader, que fais-tu ?Le leadership est quant à lui non pas un postulat de départ mais bien au contraire le résultat d'un processus d'une grande complexité et au cœur duquel réside une conception élevée de l'homme et de sa relation aux autres.
Certains me rétorqueront que cette propension peut être aussi le résultat d'un processus pervers de nature manipulatrice, à des fins morbides.
Il est toutefois édifiant de constater que la plupart des définitions qui tentent d'en préciser le contour autant que le contenu évoquent principalement des notions qualitatives.
De plus, autant le leader peut légitimement s'installer dans la durée sans qu'il ait obligatoirement besoin de s'en justifier (certains considèrent même qu'ils le sont de droit divin, ce qui leur permet sans doute d'éviter toute forme de contestation, faute de preuve…), autant le leadership, entendu comme étant le résultat d'une relation réussie, est par nature éphémère. En d'autres termes, des conditions de son exercice et des circonstances qui l'ont fait naître résulte sa durée. A partir de là, on voit combien développer cette capacité est autrement plus exigeant et j'ose dire prometteur que de se restreindre à un simple postulat.
Je trouve que C. LEVY LEBOYER précise d'une manière particulièrement éloquente ce qu'est le leadership et en quoi il est, me semble-t-il, d'une actualité toute particulière : "C'est un processus d'influence social par lequel un individu amène un groupe à atteindre des objectifs. Il n'implique pas seulement le fait de faire faire quelque chose à d'autres individus, mais également (ce qui n'est pas le cas pour les relations d'autorité) la capacité à changer l'attitude des membres du groupe, à les mobiliser et à entraîner leur adhésion à des buts communs."
Du leader au leadership
Vaste programme me direz-vous mais pourtant indispensable à mettre en œuvre pour qui veut collectivement réussir sans y laisser sa peau.
Pour enrichir ce court propos, en m'inspirant pour ce faire des travaux de C. GRZESIAK, permettez-moi de vous proposer 10 pistes pour qui veut développer ses capacités de leadership et la confiance réciproque qui en résultera alors :
- Observer : déceler le cap dans un ciel parfois sans visibilité
- Mener : énoncer et planifier des objectifs
- Communiquer : garantir la qualité de l'échange des informations
- Produire : assumer des responsabilités et travailler de façon productive.
- Contrôler : vérifier que les objectifs sont atteints tout en s'assurant que chacun adhère aux valeurs et respecte les règles qui en résultent
- Orchestrer : préserver l'intégrité de la structure par la conduite de projets
- Valoriser : veiller au développement et au bien être de chacun
- Innover : rendre possible les changements et les adaptations
- Convaincre : utiliser sa force de persuasion et son influence
La réussite recherchée ne résulte-t-elle pas finalement de la capacité du leader à étendre son leadership à l'équipe dirigeante pour aboutir ensemble à l'expression du leadership de l'entreprise toute entière ?
Quelques ouvrages de références
- Comment développer son leadership – K. Blanchard et M. MILLER – Ed. d'Organisation
- Les conditions du leadership – D. SCHMAUCH – Ed. L'Harmattan
- Le guide du leadership – B. RADON – Ed. Dunod
- Cultiver son leadership – S.B. SAMPLE – Ed. Eyrolles
François Bouteille
Coaching & médiation.
François,
Merci de ton envoi, 2 elements de reflexion qui pourront alimenter notre echange de vendredi
- la question de la legitimmité et ses formes ( liées au statut, au terrain, ou au sang (a la famille...))
- une autre liée a l'histoire au role des historiens....
- et le lien entre les 2 ......noblesse de sang ? noblesse de robe ? ...
et enfin a notre contexte actuel ou il faudra bien se résoudre un jour, pour règler les problemes nouveaux sans solution connue; qu' il faudra bien inventer a tous les niveaux de nouvelles attitudes ou plutot que de passer un temps fou à repenser les reformes... il me semble temps de reformer la pensée... "reconnaire la complexité"...... et faire preuve d'humilité.....
M.M.
Rédigé par : M.M. | 26 mars 2009 à 13:24
François,
Merci
Dans la tempête actuelle, l’hyper-réglementation est un frein….
Pourrions nous remplacer la »culture de précaution « , par » la culture du risque »……qui est la vraie nature de l’entrepreneur et de l’entreprise…
P.D.C.
Rédigé par : M.M. | 26 mars 2009 à 13:26
François
sujet intéressant que l'on peut appliquer partout autour de nous
Bien cordialement,
M.J.
Rédigé par : M.M. | 26 mars 2009 à 13:27
François,
excellent thème qui mérirerait un très long échange
Le joueur de flûte du conte d'Andersen qui mène ( to lead) les rats à la noyade est au sens strict un leader !
Aussi devons-nous ne pas coller à certains Think Tank comme disent les anglo-saxons qui mettent en forme des modes de fabrique du consentement ( voir Noam Chomsky) . Ces concepteurs de pensée à adopter sont-ils des leaders ou des manipulateurs?
bon courage et au plaisir
R.D.
Rédigé par : M.M. | 26 mars 2009 à 13:28
François,
Le leader est-il celui que l'on croit ? Son identification n'est-elle pas difficile ?
Un exemple : lors de mes relations professionnelles en hôpitaux et cliniques, je me suis aperçu, bien souvent, que le chef de service, souvent un médecin, n'était pas toujours le leader mais que la chef infirmière de l'étage était, elle, incontournable, décisionnaire.
En chine, lors de relation de travail, votre interlocuteur est rarement le leader, ce dernier se tient en retrait et écoute, puis entend et décide.
Identifier le leader est décisif. Connaître ses prescripteurs, non par intuition mais par certitude, quantitativement et qualitativement, est une interrogation quotidienne primordiale et vitale.
S.D.
Rédigé par : Sébastien | 27 mars 2009 à 10:45