Aparté n°106, Janvier 2009
Comme nous le verrons plus loin, 2009 devrait être l'année des émotions, à ne pas en douter. D'autant plus que des voix de plus en plus nombreuses s'élèvent pour rappeler à qui veut l'entendre que la prise en compte de l'Humain sera déterminante à cette sortie de crise. Non pas comme variable économique d'ajustement seulement mais bien comme élément majeur de différenciation au service de la réussite des entreprises et de celles et ceux qui les animent, dirigeants et salariés.
Certains l'ont déjà compris et connaissent, de leur propre "aveu", consolidation et poursuite de leur développement, hors de toute sinistrose. Là est notre responsabilité entrepreneuriale. Alors, que vivent les émotions comme gage d'humanité et donc de réussite.
Les émotions, objets de rencontres authentiques
"Qui ne sait où il est ne peut aller nulle part". Loin de cette fugace idée qui parfois nous en interdit l'accès, l'univers des émotions réunit pourtant une somme essentielle d'indicateurs et donc d'indications de nature existentielle. Objets de connaissance et de reconnaissance, les émotions agissent sur nous avec une spontanéité, un jaillissement impudique qui souvent nous déconcerte autant qu'il peut nous ravir comme nous inquiéter.
Et pourtant, quel référentiel que celui-ci. Les émotions sont là, toujours prêtes à s'exprimer pour peu que nous acceptions de les entendre pour mieux les accueillir. Elles nous exposent à nous-mêmes et à l'autre.
Et quel voyageur en partance prétendrait, à un moment où la cartographie sociale et économique usuelle révèle pour part son obsolescence, que de se censurer volontairement ou non en ce domaine serait propice au choix du chemin à prendre. Bien au contraire, renouer avec ses émotions, laisser libre cours à leur expression est, me semble-t-il, un excellent moyen d'être à l'écoute du monde et de son devenir.
Les émotions, objets de la conscience
"L'émotion indisciplinée enrichit la conscience" (C. PANSAERS). Bien loin également de ces représentations qui laisseraient à penser que les émotions relèvent uniquement de l'inconscient, elles façonnent notre pensée. Préalables indispensables à toute conceptualisation et prise de décision ensuite, les émotions fondent en effet nos choix quel qu'en soit le type d'expression. Qui prendrait là encore le risque de les ignorer pourrait aboutir à des situations ingérables parce qu'irraisonnables, aussi surprenant que cela puisse paraître. Les émotions collaborent ainsi à l'édification de la raison avec une force insoupçonnée. Apprivoisons donc nos émotions pour le meilleur de notre discernement.
Les émotions, objets d'innovation
"Toutes les grandes découvertes sont faites par ceux qui laissent leurs émotions devancer leurs idées" (C.H. PARKHURST). Pourquoi acceptons-nous aussi facilement de reconnaître que c'est le fait exclusif de l'artiste ? Et pourquoi tendons-nous à dissocier ce domaine de celui de l'entreprise ? L'un devrait-il être le siège exclusif du plaisir recherché quand l'autre serait celui du seul labeur ? Si le registre des émotions sert à la connaissance de soi et des autres, il devient un formidable levier au service du diagnostic et donc de la prospective en tous domaines touchant l'entreprise, pour qui recherche et innove inlassablement. Rappelons-nous combien l'émergence d'une idée est chargée d'émotion au point de lui donner déjà à nos yeux sa structure et sa légitimité.
Les émotions, objets de vie et de mort
"Sans émotion, il est impossible de transformer les ténèbres en lumière et l'empathie en mouvement" (Carl Gustav JUNG). Sans vouloir contredire ce célèbre "chercheur de l'âme", je préciserai toutefois que selon la nature-même des émotions et le registre dans lequel elles s'inscrivent, elles peuvent conduire aussi à l'opposé. Si tenté soit-il que l'on soit justement habité par des émotions qualifiées de morbides. Cela nous conduit à préciser que le registre des émotions ne peut être une fin en soi comme l'imaginent certains, de mon point de vue à tort, mais demeure une somme d'indicateurs ordonnés et hiérarchisés au
service de la compréhension du sens.
Tels les panneaux indicateurs disposés au bord de nos routes. Il s'agit alors de prendre le temps de décrypter si ces émotions qui émergent à la surface de notre conscience génèrent une sensation, un sentiment plutôt agréable ou l'inverse. De la lecture que nous en aurons dépendront peu ou prou les choix que nous ferons ensuite et l'efficience attendue qui en résultera.
De toute façon, là encore, la prise en compte des émotions telles qu'elles s'expriment, nous indique l'état de conformité (confort) ou non entre désiré et réalisé. Accepter de vivre de la sorte les émotions est finalement individuellement comme collectivement, viser à un équilibre entre règles et sentiments harmonieux et donc ouvre à une discipline de vie propice à l'expression du bien être.
Les émotions, objets universels
Curieux tout de même de constater combien il est finalement difficile de mettre des mots sur les émotions ressenties et pourtant combien elles disposent d'un pouvoir communiquant élevé. Il me semble que le constat est suffisamment saisissant pour exiger un approfondissement. Nous avons pu noter récemment encore les ravages d'un processus de dérégulation à l'échelle mondiale.
Mais de quelle dérégulation s'agit-il avant tout ? Plus encore que de crise morale ou financière, je parlerai volontiers de crise des sentiments altérant ainsi la qualité des relations. Il me semble en effet que dans le contexte que nous traversons et en reprenant ce qui en fait de manière multiple l'actualité, c'est bien l'Humain qui tend à s'enfoncer dans les abîmes sans fond de l'indifférencié autant que de la stérilité du sentiment.
Pour abonder mon point de vue tout en terminant ce court propos comme d'habitude en forme de "poil à gratter les méninges", je citerai Jacques ATTALI : "Chez tout acteur mêlé aux affaires du monde, les événements ne sont que la succession de chocs, d'émotions, de caprices, de coïncidences le plus souvent improbables."
En somme, les émotions sont la respiration du monde, tout simplement.
Avec mes sentiments les meilleurs pour 2009,
François BOUTEILLE
Coaching & médiation
Bonjour Cher Ami,
Dans ta dernière lettre « apartés », il me semble que ramener l’humain à l’émotion est quelque peu réducteur. Cela me semble faire partie de ces détournements de langage dont l’époque est coutumière. Exemple : « le plan social » manière douce de parler du licenciement et des catastrophes qui s’en suivent. Mi-décembre 2008 mourait le Docteur Claude Olievenstein, qui n’était pas seulement le spécialiste du traitement de la toxicomanie, mais aussi professeur d’anthropologie à l’université de Lyon et auteur d’un ouvrage passé presque inaperçu : « Le non-dit des émotions » (éditions Odile Jacob). Les plus pressés qui sont généralement les victimes d’une émotion : l’angoisse, pourront lire avantageusement me semble-t-il au moins l’introduction et la quatrième de couverture.
Bonne journée
J.F.C.
Rédigé par : J.F.C. | 06 février 2009 à 23:35
Que l’année 2009 puisse effectivement être l’année des émotions et que nous retrouvions l’humain au centre de notre réflexion et de nos actions.
Pour « transformer les ténèbres en lumière et l’empathie en mouvement»
Beau programme et de grands et bons vœux d’espoir et d’espérance partagée pour cette nouvelle année
Avec toute ma sympathie et mon bon souvenir
L.F.
Rédigé par : L.F. | 06 février 2009 à 23:37
Cher Monsieur,
Vos billets mensuels alimentent régulièrement ma réflexion personnelle et leur découverte me procure à la fois intérêt et plaisir, d’autant que – chose devenue trop rare – ils sont rédigés dans une langue fluide épargnée des fautes d’orthographe qui parsèment copieusement la plupart des publications de l’Internet.
Je n’en suis donc que plus à l’aise pour attirer votre attention sur ce qui me paraît constituer à la fois une erreur de français et une lourdeur d’expression quand vous écrivez « Si tenté soit-il que l'on soit justement habité par des émotions ». Sauf à ne pas saisir le sens de votre phrase, il ne me semble pas que la signification donnée ici relève de la tentation, mais plutôt de la quantité, ce qui conduirait alors à écrire « Si tant est que l’on soit… », ou de manière encore plus fluide « Pour autant que l’on soit… ».
J’espère que vous ne m’en voudrez pas de cette « impertinence » à votre égard. Quoi qu’il en soit, merci pour ces billets et excellente année 2009.
Cordialement,
P.L.H.
Rédigé par : P.L.H. | 06 février 2009 à 23:41