Raymond AUBRAC est un Résistant de la première heure. Il a combattu avec une détermination sans faille ce qui lui paraissait avec son épouse et ses camarades de combat à l'époque devoir au plus vite disparaître de la Terre, pour le bien être de l'humanité.
Aujourd'hui, cet ingénieur de 94 ans à la retraite, petit homme vouté qui se déplace lentement, dispose pourtant d'une énergie vitale parfaitement intacte. Il m'a donné, un dimanche pluvieux et morose, une des plus belles leçons de gestion de crise. Je vais essayer à présent de vous en faire profiter.
J'entends déjà ceux qui qualifieront immédiatement mes propos d'utopistes. A ceux-là je réponds sans hésiter que l'espoir fait vivre et qui le perd tend irrémédiablement à disparaître. Il serait déjà intéressant de se mettre d'accord sur ce qu'est une crise. L'étymologie (du grec "krisis" : décision, jugement) renvoie à l'idée d'un moment clef, charnière, où, pourrait-on dire, "ça doit se décider". Le mot latin "crisis" signifiait "phase décisive d'une maladie". De mon point de vue, la crise est donc essentiellement un passage pouvant être générateur d'angoisses. Car elle conduit, même si cela paraît nécessaire, voire, inévitable, à devoir abandonner un certain nombre de repères essentiels autant qu'habituels au profit de nouveaux appuis à trouver et à mettre en oeuvre. Chaque individu est donc souvent confronté durant cette période à une série de modifications de nature très diverse (identitaire, relationnelle, économique, environnementale, etc…) qu'il peut très vite vivre, pour les raisons évoquées, comme un véritable cataclysme.
Mais à l'inverse, cette crise est aussi constituante de l'accès à une nouvelle étape de la vie.
Quels sont donc les ingrédients qui peuvent favoriser l'expression des effets positifs au détriment des conséquences dégradantes ? Je précise que ceci concerne aussi bien le citoyen, le salarié, l'entreprise dans son ensemble que son dirigeant.
Avoir une vision.
Plus que jamais, c'est en ces moments qu'il est important de s'interroger sur l'objet de ce que nous entreprenons. Ce n'est pas quand le marché porte l'activité que cela est pertinent mais bien quand celui-ci envoie des signaux annonciateurs d'évolution ou de mutation. Il est alors impérieux de se réinterroger sur le sens qui sous tend les actions à entreprendre et sur la stratégie à mettre en oeuvre ensuite pour assurer leur réalisation.
Respecter ses valeurs.
Ces convictions profondes qui nous font exister et nous structurent doivent en ces temps difficiles non seulement être respectées par le dépositaire que nous en sommes mais bien disposer d'un droit de libre expression. Se respecter, s'écouter, est la meilleure façon de prendre soin de soi à un moment où l'effort
à fournir est particulièrement intense. Etre entier et debout, en évitant de s'atomiser à grands renforts de compromis contre nature est la meilleure manière de convaincre, de fédérer et de prendre soin des autres.
Etre d'un optimisme à toute épreuve.
Cela peut paraître relever d'un raisonnement simpliste. Pourtant, Raymond AUBRAC nous rappelait que les Résistants étaient des gens foncièrement gais et optimistes. Si cette minorité agissante n'avait pas eu pour elle cette propension, elle n'aurait pas pu survivre à l'horreur et l'extrémisme des situations auxquelles elle était quotidiennement confrontée. Je m'insurge donc, quelle que soit la difficulté rencontrée, contre ce mouvement de sinistrose et de psychose qui tétanise et anéantit celui qui se laisse prendre dans ses filets.
Ne plus avoir peur de tout.
La peur est mauvaise conseillère. Nous vivons dans une société moderne où le sentiment irraisonné de peur s'est malicieusement installé partout. Et les médias en sont pour bonne part responsables. Comme s'il devenait inintéressant, voire, indécent d'évoquer réussites et bonheur.
Au point d'imposer alors, comme une évidence, protection, sécurité, exclusion, tel le pontlevis que l'on relève, pour bloquer l'entrée à tout ennemi. Tout paraît devenir menace et danger. Mais n'avons-nous que des ennemis ?
Bien au contraire donc, telle une terre privilégiée de découvertes, une crise doit favoriser ouvertures et aventures nouvelles. La prospection trouve une place privilégiée pour qui veut ainsi nouer de nouvelles relations commerciales avec clients et fournisseurs. Et le réseautage permet de trouver d'autant mieux ses alliés et partenaires pour qui veut réussir ensemble.
Enfin, n'acceptons une aide de quelque nature que ce soit que si elle contribue à renforcer notre autonomie et non pas à favoriser subordination et instrumentalisation. Nous devons en effet plus que jamais utiliser tout ce qui nous permet de renforcer nos caractéristiques identitaires comme marques d'unicité et donc de valeur.
S'informer et communiquer.
Comme nous l'avons vu, la presse, en particulier audio-visuelle, ne nous y aide pas. Pourtant la circulation de l'information et l'instauration d'une communication vivante doivent trouver une place privilégiée, que ce soit au sein des groupes auxquels nous appartenons comme avec leur environnement.
Crise rime trop souvent avec désinformation et rumeurs ingérables. Ayons donc en tous domaines une démarche pragmatique de collecte régulière et organisée d'informations validées. Prenons le temps ensuite de les valoriser en les partageant afin d'aboutir à une analyse commune, génératrice de cohésion et de rassurance.
Renforcer la qualité.
La résolution au plus vite en tous domaines des situations génératrices d'insatisfaction, d'approximation et de négligence doit être prise à bras le corps. Et de l'exemplarité avec lequel ce travail est accompli à tous niveaux résulte pour bonne part sa réussite. Le recentrage, prioritairement ensuite, de ce nous entreprenons à partir de que nous savons et aimons faire est la meilleure condition pour que s'exprime cette qualité.
Finalement, la crise est, j'en suis désormais convaincu, un fantastique levier pour qui veut
s'améliorer.
Enfin, ne confondons jamais crise et conflit.
François BOUTEILLE
Coaching & médiation
Bonjour François,
Merci à nouveau de nous fournir ces lectures qui - lorsque nous en prenons le temps - nous apportent toujours un bol d'air apréciable.
Probablement sais-tu aussi qu'en Chinois, le mot crise se décline en 2 signes:
> le premier signifie RISQUE
> le second signifie OPPORTUNITE
donc la crise est pour un chinois la combinaison entre un risque et une opportunité: n'y a-t-il pas meilleur sens à donner au mot "crise" à un entrepreneur, ou tout simplement à un dirigeant, qui par nature prend des risques face à une opportunité qu'il perçoit ?
Ceci n'est probablement pas de nature à rassurer face à l'inconnu de la crise actuelle, mais permet aussi de lui donner une autre dimension.
Amitiés,
P.L.T.
Rédigé par : PLT | 05 décembre 2008 à 10:52
eh oui la peur rend les gens malléables
c'est pour cela qu'il faut créer de la précarité ; toute la stratégie pour mener les hommes à la baguette n'est pas de leur assurer le bonheur mais de mettre leur équilibre en péril .
Et l'homme dans tout cela ?
R.D.
Rédigé par : R.D. | 05 décembre 2008 à 10:54
Il y a tout dans cet aparté !
"When written in Chinese, the word "crisis" is composed of two characters.
One represents danger and the other represents opportunity."
La crise est comme la maladie, le symptome de dysfonctionnements qui ont trop duré ; c'est donc une chance que l'on a de ne pas mourir de ces dysfonctionnements.
Bien à toi
JR
Rédigé par : J.R. | 05 décembre 2008 à 10:55
Juste un mot sur ton texte sur la crise pour t’encourager et surtout te dire bravo. J’aurai aimé le faire ce texte et si je l’avais fait, je n’aurai pas changé un mot du tien parce que je pense exactement la même chose.
D.C.
Rédigé par : D.C. | 05 décembre 2008 à 11:02
J’ai été ravi de découvrir votre site l’art et la matière et participerai avec plaisir à vos prochains apartés. Concernant la question « Comment vaincre la crise ?», pour apporter ma perception, je dirais « agir et aimer ». On retrouve ces deux concepts dans les yeux jaunes des crocodiles de Katherine Pancol dont 2 passages m’ont marqué : « « Ce n’est pas parce que les choses sont difficiles que nous n’osons pas les faire, mais parce que nous n’osons pas qu’elles sont difficiles ». C’était le vieux Sénèque qui avait dit ça », et « […]cette lutte de tous les jours elle repose sur l’amour. Pas sur l’ambition, le besoin d’avoir, de posséder, mais sur l’amour… Pas l’amour de soi, non plus. Ça, c’est le malheur, c’est ce qui nous fait tourner en rond. Non ! sur l’amour des autres, l’amour de la vie.. Quand tu aimes tu es sauvée. »
Cordialement,
C.C.
Rédigé par : C.C. | 08 décembre 2008 à 15:13