De plus en plus fréquemment, mes clients m'interpellent donc sur ce thème. Comment créer, comment renforcer l'esprit d'équipe ? Ils rappellent ainsi combien la présence de cet "état" contribue de toute évidence à consolider le groupe concerné autant qu'à le rendre plus performant. Une fois encore, derrière l'apparente simplicité de ce concept se cache une réalité beaucoup plus complexe qu'il n'y paraît de prime abord. Je vous propose donc de découvrir la vision que j'en ai.
Développer une connaissance mutuelle de chaque membre de l'équipe
Je n'imagine pas d'équipe digne de ce nom qui soit constituée durablement de personnes qui ne se connaissent pas. Plus que jamais, partager de manière explicite et structurée des valeurs fondatrices est essentiel. Selon le contexte dans lequel s'inscrit le groupe et compte tenu de ses finalités, ses valeurs peuvent varier. Mais elles sont indispensables parce qu'elles constituent la colonne vertébrale de cet ensemble qui doit se tenir debout pour avancer ensuite.
C'est aussi l'occasion pour identifier les différences, les spécificités, les leaderships, les domaines de connaissances, les champs de compétences, les capacités comportementales et relationnelles comme autant de ressources et donc d'atouts pour vivre, travailler et réussir ensemble. C'est enfin le meilleur moyen d'identifier les faiblesses, les dysfonctionnements, les lacunes qu'il conviendra de prendre en charge individuellement ou collectivement.
Partager le sens de l'engagement
Les membres d'un groupe, au plein sens du terme, avancent ensemble vers un but commun. Pour ce faire, la vision de l'objectif à atteindre doit être claire et partagée par tous. Car chacun est impliqué d'une manière ou d'une autre à chaque fois précisée, que ce soit dans la phase de conception comme dans les modalités de réalisation. Au travers de ce partage du sens et de l'organisation, c'est le goût du challenge qui s'en trouve alors renforcé comme la motivation et l'ambition mesurée qui en résultent.
Mais il faut aussi que chacun ait développé cette faculté peu naturelle d'adaptation au changement en privilégiant-même une approche anticipative plus que d'évoluer seulement par obligation.
Les moyens nécessaires et de toutes natures, doivent être arrêtés et mis à disposition.
Enfin, chaque fois que cela est nécessaire, l'évaluation partagée des résultats obtenus et leur valorisation est primordiale.
Respecter les règles édictées
Des règles et des qualités morales doivent être énoncées et surtout respectées de manière exemplaire comme :
- La capacité à subordonner ses préférences, opinions ou options individuelles au bien commun.
- La capacité à rechercher la synergie des compétences et des qualités avant la valorisation individuelle.
- La manière de placer la confiance mutuelle comme un respect des règles communes et non comme une sympathie préalable et inconditionnelle développant alors à l'excès une dimension affective.
Disposer d'une communication interne et externe de qualité
Le dire est bien, l'organiser est essentiel. Mais cette communication doit être avant tout qualitative, fondée autant sur l'écoute de soi que des autres. Il s'agit bien là de la recherche permanente d'optimisation de l'information dans son contenu, dans sa captation comme des modalités ensuite de sa circulation et de sa valorisation. Les échanges qui en résultent sont alors nombreux, circonstanciés, formels ou informels selon la nécessité du moment.
Avoir besoin de l'autre, des autres
Cela paraît une évidence de le dire mais dans la réalité soulève parfois bien des problèmes. Qui accepte cet état sans avoir peur de perdre une part de son libre arbitre ? Qui ne vit pas cette situation comme contribuant à blesser parfois son "amour propre", à vouloir "s'en sortir" tout seul au risque de l'illusion, voire, du dérisoire ? Qui ne souhaite pas en d'autres cas encore exclure tel ou tel membre de l'équipe qui le dérange parce que le remettant en cause ? Ce sentiment d'appartenance est en effet indispensable parce que sans lui il n'existe tout simplement pas de nécessaire expression de la solidarité, de la confiance réciproque et du respect mutuel.
Bénéficier d'une autorité bienveillante
Je ne crois personnellement pas à l'existence d'une équipe sans qu'elle se trouve tôt ou tard un dirigeant. Je peux me tromper mais les quelques exemples qui me reviennent en mémoire tendent à confirmer mon point de vue. Aussi, plutôt que d'ignorer cette nécessité, vaut-il mieux la prendre en charge collectivement. Loin de moi l'image du chef qui détruit et avilie mais bien celle de celui qui, dans des circonstances clairement identifiées et des conditions précisément définies, guide, accompagne, régule, fédère, facilite, déstresse, nourrit intellectuellement, contrôle, évalue, félicite et sanctionne.
Autrement dit, développer l'esprit d'équipe ne se décrète pas comme il ne peut pas se résumer à la pratique de ces croisières tout en gadget.
L'esprit d'équipe, construction complexe et fragile est donc au cœur du capital social. Grâce à lui, l'équipe ne se résume plus à un groupe au travail, c'est-à-dire à la somme des compétences et des qualités mise en jeu. Elle est beaucoup plus parce qu'elle dispose désormais d'une véritable identité.
François BOUTEILLE
Coaching & médiation
Et comme à chaque fois, vous pouvez également apporter votre contribution en la faisant parvenir sur ce blog ou en me l'adressant au courriel suivant : artmatiere@wanadoo.fr
François,
en quelques paragraphes tout est dit
des règles bien comprises et généreuses c'est le support d'une loi républicaine qui protège et met l'homme au centre des préoccupations.
A bientôt,
R.D.
Rédigé par : R.D. | 01 novembre 2008 à 14:47
Merci, François. Ca change des pleurs ambiants sur la crise !
Amitiés
Y.P.
Rédigé par : Y.P. | 01 novembre 2008 à 14:48
Bonjour François,
C'est toujours un plaisir de te lire, plus encore le matin, en fait, un encouragement, un souffle d'air frais, avant d'endosser la responsabilité de dirigeant.
Je suis sur que les temps sont bientôt là où plus que jamais nous aurons besoin de tes regards et de tes appréciations.
Amitiés
R.B.
Rédigé par : R.B. | 01 novembre 2008 à 14:49
Monsieur,
Comme les précédents, votre dernier billet sur l’esprit d’équipe, a retenu toute mon attention. Je partage la vision que vous en avez, même si je retiens de mon propre vécu professionnel en entreprise que le dire est ici – comme ailleurs – bien plus facile que le faire.
Il me semble cependant que l’esprit d’équipe ne pourra se développer et bénéficier à l’ensemble de l’entreprise que dans la mesure où le climat général de l’entreprise le favorise.
Vous abordez ce point, à mes yeux essentiel, dans votre dernier paragraphe.
Cette « autorité bienveillante » est-elle suffisante pour que puisse se développer un esprit d’équipe profitable à l’ensemble de la structure ? Pour ma part je ne le crois pas. Il me semble au contraire que l’esprit d’équipe ne peut naître que de la volonté active – et pas simplement bienveillante – du dirigeant. Si tel n’est pas le cas, l’esprit d’équipe qui pourra néanmoins se développer, courra le risque majeur de se construire sans le dirigeant, voire même contre lui.
Ici comme ailleurs, le « comportement » exemplaire du dirigeant est une nécessité. C’est en quelque sorte ce que vous dites en décrivant la nécessité naturelle du chef d’équipe. Aussi, la préparation du dirigeant – qu’il soit chef de service ou chef d’entreprise – est-elle à mes yeux une condition ‘sine qua non’ pour que puisse se développer un esprit d’équipe moteur de la dynamique e de la performance.
Dans de très nombreuses PME/PME où la légitimité du dirigent ne repose avant tout sur son statut d’héritier ou d’actionnaire, l’idée même de cette préparation est souvent vécue comme une atteinte à la « capacité managériale naturelle ». Or, une équipe de professionnels aux origines, aux formations, aux vécus, aux cultures nécessairement différents, constitue une structure sociale par nature disparate, dont la fédération autour d’un ‘projet’ constitue un exercice de haut vol dont il est particulièrement présomptueux de prétendre qu’il pourra se piloter au « feeling » en l’absence de toute formation adéquate.
Le constat que vous faites d’une demande croissante d’accompagnement à la génération d’un esprit d’équipe relèverait-il enfin d’une prise de conscience salutaire ? Ayons l’optimisme d’y croire raisonnablement !
Cordialement,
P.D.L.H.
Rédigé par : P.D.L.H. | 01 novembre 2008 à 14:51
Il n'est pas interdit, je pense, de dire que c'est avec beaucoup de plaisir que j'ai lu la lettre n° 103. J'ai connu beaucoup de fausses équipes dans lesquelles des gens de valeur ,dont la bonne foi et l'honnêteté n'étaient pas douteuses, se sont usés les uns contre les autres comme les pierres dans les concasseurs tournant inexorablement. Je pense qu'on pourrait, encore que cet exercice soit toujours périlleux, résumer le propos par ce titre d'une ancienne émission radiophonique: " Nous tous, chacun" Cela peut, peut-être, signifier: non concurrence, pas de jugement sur les personnes et aussi peu de sentiment que posssible pendant que l'équipe fonctionne, souci du mot précis et univoque (ce qui est étonnant dans la communication c'est quand ça marche) Est-ce possible? je n'en sais rien. Comme le montre la biologie: là où il y a de la vie ,il y a du problème.
J.F. C
Rédigé par : J.F. C. | 02 novembre 2008 à 20:18
J'avoue partager les réflexions de P.D.L.H et être assez sceptique sur le fait que de plus en plus de dirigeants sollicitent des conseils externes pour insuffler un esprit d'équipe dans leur entreprise. Se pose t'on ce genre de questions dans le domaine sportif ? En général non, l'entraîneur (voire le Président) est remercié quand les résultats ne sont pas à la hauteur des objectifs fixés et ce ne sont pas les joueurs de champ qui font les frais des dissensions qu'elles qu'en soient les causes. On peut également s'interroger sur cette demande croissante qui ne préoccupait pas les managers quelques années en arrière. Quelle peuvent être les causes des erreurs commises? elles sont à mon avis multiples tant sur l'organisation du jeu, que du choix de tactique à appliquer en passant par les buts contre son camp. Les joueurs ont-ils encore de jouer ensemble pour gagner ? Quelle bénéfice retirent-ils de la victoire de leur équipe ?
D.B.
Rédigé par : Denis Bouteille | 06 novembre 2008 à 17:36